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dimanche, mai 22, 2022
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Michel Domenichini Ramiaramanana : « Le Kianja Masoandro : une victoire sur l’entreprise de démolition culturelle des penseurs de la colonisation »

Fils d’un historien de renom, le président fondateur de la Foire Internationale de Madagascar et défenseur du « Vita Malagasy » donne son point de vue concernant le Rova d’Antananarivo. Interview.

Midi Madagasikara : Votre point de vue concernant les débats actuels autour du Rova d’Antananarivo ?

Michel Domenichini Ramiaramanana (M.D.R) : « Le Rova est un Patrimoine vivant de Madagascar. Figé dans sa forme ainsi que dans le fond au moment de l’annexion en 1896 de Madagascar par la France, le site du Rova (comprendre espace où le temporel s’entremêle avec le spirituel) a vu se succéder au moins six siècles durant de nombreux Lapa (palais) occupant cet espace qui fut d’abord lieu d’expression du pouvoir de l’Ankova et plus tard de l’Imerina pour être à partir de 1817 celui du Royaume de Madagascar. Qui aujourd’hui se souvient du Lapa dénommé « Bado » qui fût le lieu de résidence de Rasendrasoa, l’épouse principale d’Andrianampoinimerina, une trano kotona qui devait finir sa transhumance sur la colline royale d’Ambohitrabiby, un Vodivona (Seigneurie royale) confiée à celle-ci. Le Rova a été le théâtre de nombreux mouvements de son bâti au gré des évolutions politiques et historiques. Aussi aujourd’hui, force est de constater que le Rova était et doit rester un lieu d’expression culturelle et patrimoniale vivant et non le reflet d’une culture qui serait morte – comme l’avait souhaité le colonisateur – avec la mise sous le joug colonial de Madagascar. Le Rova est un lieu d’une constante modernité. Conquise au XVIe siècle par le Mpanjaka (Roi) Andriana ANDRIANJAKA sur les descendants du Mpanjaka Vazimba ANDRIAMPIROKANA, cette colline n’a eu de cesse d’évoluer et de se moderniser au gré et au fil de son histoire. Les dernières « modernisations » en date et connues de tous auront été la couverture de pierre par  James Cameron du palais nommé Manjakamiadana construit en bois par Jean Laborde pour la reine Ranavalona I. Pour le commun des mortels malagasy, cette évolution  était et est d’une violence inouïe lorsque l’on connait la signification traditionnelle de la pierre (associé à la mort/ matière inerte) par rapport au bois qui est un matériau prioritairement associé à la vie (matière vivante). Doit-on également rappeler le palais construit par William Pool pour la Reine Rasoherina, lequel a marqué d’une rupture mémorable avec l’esthétique « Trano Kotona » pour adopter une esthétique résolument occidental (plus précisément anglaise) dans cette enceinte même qu’est le Rova. Et que dire de Ranavalona II qui a non seulement favorisé la construction d’un temple en pierre consacrant par la même  religion chrétienne comme religion d’Etat et entrant en opposition frontale avec  la religion des Sampy (idoles royales) de ces ancêtres royaux. Pour rappel, cette dernière a également à son actif, l’autorisation émise en faveur de l’utilisation des briques en lieu et place du bois ayant notamment permis la construction de ces nouvelles maisons à varangue qualifié aujourd’hui de maisons traditionnelles malagasy jugées en ce temps plus sécures parce que ne pouvant brûler facilement, contrairement au trano kotona en bois. Et la liste des modernisations marquant des évolutions et en rupture avec des pratiques d’antan pourrait être encore très longue tant au niveau du patrimoine matériel que immatériel, tant sur le fond que sur la forme ».

M.M : Comment peut-on interpréter la construction du Kianja Masoandro dans l’enceinte du Rova ?

M.D.R : « De ce qui précède, nous dirions, d’une part, que les traditionnistes sont figés dans un passé révolu et que, d’autre part, l’UNESCO qui devra considérer les paramètres qui autorisent et légitiment l’entreprise du Président de la République Andry Rajoelina, seront tous bien inspirés et de se réjouir d’un véritable retour à l’indépendance de Madagascar, ainsi que d’une reprise en main visible de notre souveraineté nationale matérialisée par l’édification du « Kianja Masoandro ». Ce lieu, jadis retenu par Ranavalona III pour son Lapa Masoandro, deviendra et sera une victoire sur l’entreprise de démolition culturelle des penseurs de la colonisation de Madagascar en signifiant clairement que le peuple malagasy aura le dernier mot sur cet accident malheureux de l’histoire de Madagascar. Ceci entraînera une réaffirmation de la souveraineté nationale. De plus, la communauté des historiens pourront instrumentaliser cet espace dénommé « Kianja Masoandro » pour diffuser et partager au plus grand nombre toute l’histoire de Madagascar si méconnue par ses habitants pourtant si nécessaire à une impulsion de développement économique harmonieuse. La restauration finale de Manjakamiadana et de Besakana, et l’avènement du « Kianja Masoandro » sera la trilogie pour une reconstruction de notre souveraineté nationale. Transcendons nos égos généalogiques pour nous inscrire dans une dynamique constructive du devenir patriotique et nationale. Lieu de conciliation, il sera digne et rappellera que les Malagasy sont les descendants des « Premiers navigateurs de l’humanité » et pourront ainsi renouer avec la grandeur de leurs ancêtres.

Propos recueillis par Davis R

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