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mardi 28 juin 2022
DomicileEconomieRindra Hasimbelo Rabarinirinarison : « Madagascar ne fait pas partie des pays surendettés »

Rindra Hasimbelo Rabarinirinarison : « Madagascar ne fait pas partie des pays surendettés »

Deux importants accords de financement ont été signés en présence du président de la République Andry Rajoelina et du vice-président du groupe Afrique de la Banque mondiale Hafez Ghanem

La mission réalisée par l’équipe du ministère de l’Economie et des Finances, dans le cadre des Réunions des Printemps (Spring meetings), a été couronnée de succès. Pour ne citer que la signature  en présence du président de la République Andry Rajoelina. Dans une interview-bilan de cette mission qui s’est déroulée à Washington du 16 au 29 avril dernier, la ministre de l’Economie et des Finances, Rindra Hasimbelo Rabarinirinarison nous parle également de la dette malgache qui est visiblement bien gérée puisque Madagascar ne fait pas partie des pays surendettés. Interview exclusive.

Pouvez-vous nous faire un bilan de la récente mission que vous avez effectuée à Washington avec le président de la République ?

Ce que l’on peut dire c’est que les différentes rencontres réalisées au cours de cette mission sont  liées les unes aux autres. À commencer par la réunion de haut niveau conduite par le président de la République Andry Rajoelina avec le président du Groupe de la Banque mondiale, David Malpass, et la Directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva. Je profite de cette interview pour faire passer un message de remerciements à leurs égards car nous sommes bien conscients que ce n’était pas évident de placer une telle rencontre dans l’agenda respectif de ces deux personnalités en plein Spring meetings. D’ailleurs, le FMI et la Banque mondiale qui s’assoient ensemble sur une même table pour recevoir un Chef d’Etat était une première pour ces deux institutions. Mais le président de la République voulait absolument cette rencontre et il a réussi à l’avoir. C’était notamment pour lui l’occasion  d’expliquer la situation économique très difficile pour Madagascar, notamment à cause de la Covid, de la guerre en Ukraine mais aussi à cause des sécheresses dans le Sud, et surtout des cyclones dévastateurs successifs dus aux changements climatiques. Il a donc partagé avec ces deux institutions le Plan National de Redressement Post Cyclonique sur lequel Madagascar a eu un accord de principe sur le financement de 415 millions USD. Cette première mission, qui était un succès total, aboutit à la signature de deux importants accords de financement.

La deuxième mission concerne les réunions techniques proprement dites du Spring Meetings, conduites cette fois-ci par moi-même et le Gouverneur de la Banque centrale de Madagascar. Et dans ce cadre, nous avons mené 15 réunions spécifiques avec les staffs respectifs  de la Banque mondiale et du FMI. Pour la Banque mondiale, nous avons par exemple été en réunion avec le Country Team de Madagascar, le vice-président du Groupe Afrique Hafez Ghanem, le vice-président de l’IFC, le Département Finances de la Banque, le bureau de l’Administrateur de Madagascar à la Banque. Nous avons parlé de la situation économique récente à Madagascar, la gouvernance financière à Madagascar, les différentes réformes menées dans différents secteurs à Madagascar, notamment sur les opportunités d’investissement à Madagascar, et la majorité des sujets concernant la vie économique, financière et sociale à Madagascar. Pour le FMI, nous avons rencontré le Chef de Mission pour Madagascar, le département des finances publiques du FMI, le département Afrique du Fmi, le département Statistique, pour parler notamment du cadre macro-économique de Madagascar, du FEC, des assistances techniques, des subventions à la JIRAMA… Les Spring Meetings se sont déroulés en mode hybride, donc certains pays étaient présents à Washington et d’autres en mode virtuel. Madagascar a choisi les réunions en présentiel parce qu’on avait vraiment besoin d’apporter des précisions sur les réformes que nous faisons à Madagascar et qui ne sont pas forcément en effervescence sur les canaux médiatiques. Nous avons, en effet, beaucoup de bonnes choses à dire sur notre pays, rien que de par notre biodiversité, nos richesses naturelles, nos potentiels humains, etc. Nous avons par exemple partagé la Stratégie Nationale de Modernisation des Finances Publiques, une stratégie qui est déjà en cours de réalisation et nous avons partagé les avancées comme les réformes en matière de recettes telles que la digitalisation des collectes d’impôts, le e-hetra phone, le e-paiement, le 100% scanning de la douane en matière de dépenses,  l’Augure, la gestion des patrimoines de l’Etat qui est en cours de réforme, la comptabilité publique qui est aussi en cours de réforme… Et je peux vous dire que les interlocuteurs étaient agréablement surpris de ces stratégies. Mais comme on dit, le moment où on plante les graines n’est pas le moment où on récolte les fruits donc oui on avance bien. 

La troisième mission était l’organisation d’une table ronde avec les institutions financières et avec les investisseurs privés du continent américain, conduite également par moi-même et l’équipe de la Présidence. Il s’agissait pour nous de présenter Madagascar sous ses potentiels économiques, les atouts de Madagascar que le Plan Emergence Madagascar souhaite exploiter, la trajectoire de croissance de Madagascar, nos potentiels d’exportation, les réformes structurelles, les réformes pour les investissements privés, la politique budgétaire et l’équilibre des comptes publics, ainsi que la structure de nos dettes publiques. Nous avons également expliqué la notation inaugurale que Madagascar a reçue récemment car comme vous savez, une telle notation est un outil très prisé par les investisseurs privés.

Enfin, la 4ème mission était ma participation au Programme de Leadership Ministériel de l’Université de Harvard. Il s’agissait plutôt d’un programme personnalisé, une sorte de réflexion personnelle sur notre rôle en tant que ministre des Finances. Pourquoi suis-je ministre ? Quel type de ministre est-ce que je suis ? Quel héritage est-ce que je souhaite laisser après mon passage ? Comment est-ce que je fais la balance entre la technique et la politique parce qu’être ministre, c’est d’abord être politique mais les finances sont tout aussi techniques ? Ce programme nous a aussi permis d’entendre les ministres des Finances, les Premiers ministres et chefs d’Etat des pays qui ont déjà pu relever leur économie après la Covid et la Guerre en Ukraine. Quelles sont d’après eux, les stratégies fiscales efficaces pour une économie prospère ? Si je devais retenir un seul mot de Harvard, c’est la DISCIPLINE, qu’elle soit personnelle, collective, nationale ou locale. Il faut de la discipline. C’est la seule clé pour atteindre un quelconque objectif. Je reprends ici l’exemple longuement expliqué par la ministre des Finances de l’Indonésie sur la discipline fiscale qu’il y a dans son pays, une discipline qui a par exemple permis à l’Indonésie de dégager des excédents de recettes fiscales et de faire des transferts monétaires aux plus vulnérables à partir de ces excédents. 

Pouvez-vous donner plus de détails sur les accords de financement signés avec la Banque mondiale à Washington ?

La première signature concerne le projet « Connecter Madagascar » pour un montant de 401 millions USD, et qui consiste en la réhabilitation de 400 km de routes sur la RN 10, la réhabilitation de 100 km sur la RN 31 et l’entretien de 500 km sur les routes locales et les dessertes adjacentes. La 2ème signature pour un montant de  134,9 millions USD est relative aux projets de préparation aux pandémies et aux prestations de service des centres de santé de base. Ces financements sont composés de 50% de prêts et de 50%  de dons.

Vous parlez de la modernisation de la gestion des finances publiques, quels sont les grands chantiers ?

Il y a en tout cinq (05) axes prioritaires. Le premier concerne l’actualisation du cadre juridique et réglementaire sur la gestion comptable et financière, sur le partenariat public privé, sur les recettes non fiscales, sur la gestion du patrimoine de l’Etat, sur la révision des nomenclatures budgétaires, etc. Nous sommes en plein chantier sur tout cela. Le 2ème axe concerne la mobilisation de recettes publiques c’est-à-dire l’optimisation de la collecte des recettes fiscales par la digitalisation (ehetra, e payment, 100% scanning, allègement des procédures de dédouanement pour les opérations à faible risque). Aucun pays en voie de développement ne devrait se contenter d’une faible recette fiscale s’il veut dégager assez d’espace budgétaire pour assurer ses dépenses sociales. Mieux collecter pour mieux dépenser est l’objectif. Cette digitalisation de l’Administration fiscale est un processus adopté par la majorité de tous les pays du monde entier en ce moment. Le 3ème axe concerne l’assainissement des comptes publics par l’élaboration d’une stratégie améliorée de gestion de trésorerie et d’endettement et l’amélioration de la gestion des arriérés de paiement. Le 4ème axe renforce le contrôle des finances publiques par la certification aux normes internationales de nos auditeurs et contrôleurs, par la tendance vers le contrôle à posteriori des matérialités des services faits, par la digitalisation du contrôle des marchés publics. Le 5ème axe se concentre uniquement sur la digitalisation et la modernisation des services de l’administration financière grâce à l’amélioration de la politique de gestion des services informatiques du MEF, l’opérationnalisation du module « e-remboursement crédit TVA » le plus tôt possible, le déploiement des modules de eHetra auprès  des régions, le développement du système de facturation électronique, « e-facturation » à Madagascar, grâce également à la révision des circuits jaunes et rouges de la douane, à la digitalisation des moyens de paiement électronique, de la révision de l’augure, des procédures d’engagement, etc. Bien sûr, ce plan stratégique parle également des réformes de la gouvernance administrative telle que la lutte contre la corruption dans l’Administration financière. 

4 : La situation économique actuelle de Madagascar lui permet-elle de continuer à s’endetter ?

Oui, je l’ai déjà dit et je le répète. Madagascar ne fait pas du tout partie des pays surendettés. Nous sommes classés dans la liste des pays à risque modéré de surendettement et n’avons pas de ce fait un souci à financer nos programmes de développement par des prêts qui sont aussi, pour la plupart, des prêts concessionnels. Madagascar n’est qu’à 36,5% du niveau d’endettement vis-à-vis du PIB en 2020 si la moyenne était à 60% en Afrique en 2020. À cause de la Covid, tous les pays ont vu leur taux d’endettement augmenter. En Afrique, la moyenne est désormais de 65% mais le taux d’endettement à Madagascar a baissé et est à 35,4% plus exactement, ce qui reste un taux faible par rapport aux autres pays notamment africains qui continuent d’emprunter malgré le volume très important de leur dette. Le poids de la dette publique dépasse même les 100% en Angola, au Mozambique, au Zimbabwe et au Soudan. Le FMI estime que 17 pays africains sont en situation d’endettement vraiment très difficile et demandent maintenant une restructuration de leurs dettes. C’est le cas par exemple de la Zambie, l’Ethiopie, du Tchad mais ce n’est pas du tout le cas de Madagascar. Une partie des pays africains – comme le Ghana, le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Bénin – ont cependant osé parier grand et ont décidé de jouer dans la cour des grands en se tournant vers les marchés financiers traditionnels. Mais il faut aussi savoir que ces pays qui ont osé s’endetter se développent aussi très rapidement lorsque les dettes sont utilisées pour des projets d’investissements et pour des infrastructures porteuses de croissance. D’ailleurs, l’accroissement de la dette est particulièrement marqué dans les pays avancés, où la dette publique est passée d’environ 70% du PIB en 2007 à 124% du PIB en 2020. Le Japon est à 259% de dette par rapport à son PIB.

Quelles sont les perspectives en ce qui concerne nos relations futures avec les bailleurs ?

En parlant de bailleurs de fonds, nous accueillons  l’équipe du FMI à Madagascar durant ce mois de mai pour la 2ème revue du programme FEC. Rappelons qu’un programme avec le FMI constitue un feu vert pour les financements de tous les autres bailleurs. Green light comme on dit. 

Pour la Banque mondiale également, nous sommes en cours d’élaboration du nouveau cadre de partenariat du pays pour les années 2022- 2026. Ce nouveau cadre devrait entrer en vigueur le 1er juillet 2022. Le nouveau cadre de partenariat avec la Banque Africaine de Développement a également été adopté. Dans tous les cas, tout se passe comme il faut en ce qui concerne nos relations avec les bailleurs de fonds. 

6 : Quelques mots sur le financement de la hausse des salaires ? 

Outre les conséquences de la Covid sur la santé économique du pays, la guerre entre la Russie et l’Ukraine n’a pas manqué d’impacter l’économie de Madagascar sur différents canaux, à savoir sur le prix du pétrole, le prix des PPN, le prix de nos importations en général, les conditions de l’endettement, etc. Face à cette pression inflationniste mondiale que Madagascar ne peut pas contrôler seul, l’une des solutions pour soutenir la population est d’augmenter son pouvoir d’achat, à défaut de pouvoir maîtriser le prix international.  C’est une hausse que nous avons déjà anticipée dans la loi de finances initiale 2022. Vous pourrez voir dans cette LFI qu’il y a une augmentation de la masse salariale. On avait prévu un recrutement de plus de 22 000 postes budgétaires (santé, éducation et forces de l’ordre et autour de 13% d’augmentation de salaires). Si l’Etat n’a pas augmenté les salaires, on aurait donc ajusté le nombre de recrutements conformément au budget. Pour le secteur privé, une réunion a eu lieu entre les représentants des divers groupements et la Présidence de la République. Une réunion au cours de laquelle le secteur privé a demandé à être soutenu en termes de charges sociales. Demande à laquelle le gouvernement a accédé, et nous avons convenu avec ces représentants que l’État paierait les charges patronales du secteur privé équivalant à la différence entre l’augmentation des salaires par le privé de 220 000 Ar et le salaire minimum prévu de 250 000 Ar. Notons que c’est un décret, celui n°69-145 du 08 avril 1969 et ses modificatifs qui a imposé l’obligation pour les employeurs de verser leurs cotisations patronales à la CNaPS, donc par parallélisme de forme, c’est aussi par décret que nous avons apporté des modifications temporaires à cette modalité de paiement des charges.  

La responsabilité d’un ministre de l’Economie et des Finances n’est-elle pas trop lourde à porter pour une femme ?

Je pense que les 7 à 8h de travail avant l’accouchement sans péridurale de mes enfants était plus dur pour moi que ce travail. Rire. Blague à part, je suis convaincue que les femmes ont une résilience illimitée. Les femmes sont tellement endurantes qu’elles peuvent faire face à des tâches aussi difficiles que lourdes. Par ailleurs, les femmes ont vraiment le sens du détail et Dieu sait à quel point ce travail de ministre des Finances nécessite d’être méticuleux jusqu’au petit détail. N’oublions pas que le diable se trouve dans les détails. Un zéro de moins ou de plus est déjà une grave erreur dans ce secteur. Et puis, aussi difficile qu’il soit, c’est un travail qui n’est pas impossible. Je le dis assez souvent, difficile ne veut pas dire impossible, cela veut juste dire qu’il faut travailler dur et intelligemment.  

Propos recueillis par R.Edmond

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2 COMMENTAIRES

  1. Des blablas loin des réalités économiques vécues par le pays . Le PIIB par tête d’habitant qui a dégringolé, l’inflation qui est à un niveau asphyxiant et les investissements qui ne créent pas de richesses et d’emplois . Le pays se situe maintenant au 5e rang des plus pauvres de la planète et le taux de la malnutrition infantile aiguë est choquant . Le peuple Malgache endure gravement dans sa chair la pauvreté que l’humour noir de cette dame sur l’accouchement sans douleur est abject !

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