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lundi 15 août 2022
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Tsihaligno Rangers : « Il n’y a pas d’histoire partagée entre les Malgaches »

Le chercheur Tsihalogna Rangers, sortira un livre à contre-courant
sur Madagascar en septembre

En septembre, un livre sur le côté occulté de l’histoire de Madagascar sera publié sous la plume de Tsihaligno Rangers, historien et ancien étudiant à Science–Po. Il livre ici quelques détails sur ce futur ouvrage, où les reines, les rois, les groupes humains et les « collabos » s’entremêlent.   

Midi Madagasikara : Parlez-nous du livre que vous allez publier en septembre ?

Tsihaligno Rangers : C’est un livre sur l’histoire de Madagascar et qui parle beaucoup de faits d’histoires inédits que l’histoire officielle occulte. Il a six chapitres qui racontent l’histoire de Fandana à Ambalavao – les Betsileo qui se furent suicidés au lieu de se rendre aux troupes de Radama l’histoire des esclaves malgaches oubliés sur l’île de Tromelin, de Massavana celui qui l’a vendu comme esclave au Cap en Afrique du Sud, l’histoire des Bara, l’histoire de l’idylle entre Radama et Rasalimo et l’histoire des Betsimisaraka. Le dernier chapitre, le septième que je finalise en ce moment l’histoire de ces « collabos » au temps de l’arrivée de Galliéni à Antananarivo. 

MM : Vous pensez que les malgaches sont prêts à lire ou à entendre des versions qui pourraient être contradictoires de l’histoire « officielle » ?

TR : Mon histoire se destine à une œuvre de réconciliation nationale parce qu’il n’y a pas d’histoire partagée entre les Malgaches depuis l’époque des royaumes et jusqu’aux indépendances. L’idée de nation ou « firenena » que l’on affirme est encore un vain mot parce qu’il ne repose sur rien. Même si cette histoire pourrait être source de frictions entre les Malgaches, nous devrions quand même les présenter à leurs connaissances. Pour qu’ils soient en phase avec leur histoire. C’est notre réconciliation qui est en jeu car les Malgaches adoptent une forme d’hypocrisie dans leurs relations entre eux et surtout vis-à-vis de leurs histoires. 

MM : D’où une dimension historico–politique…

TR : Les crises politiques qui se suivent ne font qu’alimenter cette histoire pour crisper les Malgaches entre eux parce qu’il n’y a pas d’histoire partagée entre les gens des hautes terres et celles des provinces. Alors que les exemples abondent en la matière. Mais personne ne relève ce défi. De plus, le ministère de l’Education nationale avait failli dans l’enseignement de l’histoire. Elle n’est pas au service de cette réconciliation nationale parce que c’est l’histoire de la monarchie en Imerina uniquement que le ministère dispense dans les collèges et les lycées sur tout le territoire national. Une erreur monumentale. Si l’on veut réconcilier les Malgaches avec leurs histoires, il faut que le ministère revoie sa copie.

MM : Comme quoi l’histoire du pays n’était pas seulement faite de guerres et de divisions monarchiques, il y avait aussi des efforts de paix réels ? 

TR : J’ai déjà partagé ici l’histoire de l’idylle entre Radama et Rasalimo. C’est une histoire qui avait réconcilié les Merina et les Sakalava. C’est ce genre d’histoires que l’on devrait enseigner à nos enfants. Les exemples abondent.

MM : Comment avez-vous fait pour récolter les matières, les éléments pour la rédaction de ce livre ?

TR : Toutes mes histoires sont sourcées et bien documentées. Je me suis basé aussi sur les archives militaires d’Aix en Provence en France.  

MM : Vous évoquez les « collaborateurs », l’expression consacrée, malgaches durant l’occupation française, d’après vous pourquoi il a fallu attendre plus d’un demie siècle pour qu’un écrivain/chercheur s’y intéresse ?

TR : Ce n’est pas un sujet qui passionne les chercheurs je pense. Même en étant chercheurs, on a ses racines et le fait de s’intéresser à ce genre d’histoire risque pour certains de discréditer sa communauté d’origine. 

La plupart des personnalités qui avaient collaboré avec les autorités françaises au temps de Galliéni viennent tous des Hauts-Plateaux centraux. En écrivant ce livre, je voudrais remettre les pendules à l’heure parce qu’on met sur le dos des Sakalava qui avaient collaboré avec les troupes françaises lors de leur débarquement à Majunga l’origine de la défaite des troupes de Ranavalona. Ce qui est une fuite en avant alors que les élites sur les Hauts-Plateaux étaient toutes compromises. 

MM : Est-ce que vous pouvez citer quelques noms, et leur rôle en tant que collaborateur ?

TR : Il y a Rafanoharana sur la photo que je viens de vous envoyer, Ralambotsirofo le chef de la police à Antananarivo, Rasanjy gouverneur principal de l’Imerina, Rainianjanoro et Rainianjalahy les deux généraux de l’armée de Ranavalona III. Il y avait aussi le chef des Manisotra et des Maintiendreny qui furent tous compromis. J’ai une liste de trente personnalités que je publierai dans mon livre. Il y a Rafanoharana, Ralambotsirofo…

MM : D’après vous donc, la version conventionnelle et actuelle de l’histoire coloniale malgache a été écrite par qui, les français, les historiens des hauts plateaux centraux, les chercheurs… ?

TR : Elle fut écrite par les explorateurs et les missionnaires anglais et français. Comme l’Imerina fut la région qui avait accepté de se mettre en relation avec eux, normal si les « Tantara ny Andriana » furent axés majoritairement sur l’histoire des gens des Hauts-Plateaux. Le révérend Père Callet n’est jamais sorti d’Antananarivo pourtant c’est lui qui raconte l’histoire des campagnes militaires de Ranavalona dans l’est, l’ouest et le sud. C’est une histoire à prendre avec des pincettes.

MM : Ne pensez-vous pas que ce livre fait partie de la longue liste des livres écrits par des malgaches à l’étranger, qui ne verront que quelques-uns sur les 25 millions de malgaches ?

TR : C’est ça aussi le défi parce que les Malgaches de base n’ont pas un minimum de pouvoir d’achats pour s’acheter un livre. Dû à ce handicap, ils n’auront pas l’opportunité de lire un pan de leurs histoires racontées dans les livres. Mais je ferais un effort pour rendre le prix du livre le plus abordable possible. 

MM : Parlez-nous maintenant de l’écrivain ?

TR : Mon nom est Rangers Tsihaligno. Je suis le cinquième enfant de mon père Randrianasolo Joseph Latimer et de notre regrettée mère Maho Anjene Vivyan Jeannette. J’avais étudié l’histoire à l’université d’Ankatso puis j’avais soutenu ma mémoire de maîtrise à Paris. Puis, j’avais bifurqué pour réaliser un mémoire de maîtrise en Science Politique. Je travaille à Paris en ce moment. J’avais oublié aussi, j’avais suivi une formation diplômante en journalisme écrit à l’université d’Ankatso en 1997. La directrice et le directeur de la Radio Nasionaly Malagasy et de la Televiziona Nasionaly Malagasy actuel font partie de ma promotion. 

Recueillis par Maminirina Rado 

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