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dimanche 25 septembre 2022
DomicileCulturePériode post-Covid : Les Malgaches ne pleurent plus leurs morts

Période post-Covid : Les Malgaches ne pleurent plus leurs morts

La mort est un phénomène social.

Perdre un être cher, c’est douloureux. Le cœur remplit de chagrin, les joues inondées de larmes, des cris de peines, le visage crispé… Cependant, ce sentiment ne se ressent plus actuellement. Depuis l’avènement de la pandémie, tout a changé. La Covid-19 transgresse les traditions, endurcit le cœur. 

La pandémie a profondément marqué la personnalité des Malgaches puisque le pays s’avère démembré. L’économie a connu des hauts et surtout des bas. Le peuple est entré par le haut, et a connu une chute. Un pays a glissé dans un cul-de-sac. Le pays est mutilé. Les familles qui ont perdu des proches des suites du coronavirus n’ont pas pu inhumer dignement leur défunt. C’est l’Etat qui s’en est chargé. « C’est dur pour une famille de ne pas rendre un dernier hommage. L’ingérence étatique a bousculé des choses, ça il ne faut pas le nier ». Désormais, les familles restreignent le budget pour la cérémonie mortuaire. L’enterrement se fait après 48 heures à compter de la déclaration de décès. Les trois nuits de veillée ne sont plus obligatoires. 

Depuis mars 2020 jusqu’ici, des centaines d’individus ont trouvé la mort. Jeune ou vieux, la Covid-19 n’a épargné personne. La Grande île connaît une hausse du taux de mortalité. Selon l’anthropologue Augustin Ratokoarison, « cela a un impact psychologique. Durant ces trois dernières années, les Malgaches ne pleurent plus leur mort. Et c’est tout à fait normal, ce n’est plus choquant pour la plupart, car ils ont enterré leur grand-père, leur oncle, leur cousin en l’espace d’un an. Alors, voilà, ce n’est plus étonnant ! ». 

Le système funèbre a également connu des modifications. L’acculturation, la crise économique, l’ingérence étatique sur la cérémonie funéraire ont contribué à un brusque changement de la culture. L’acculturation, c’est le changement de la culture d’une population par le contact avec des personnes venant d’ailleurs ou avec d’autres cultures. Depuis la période de la colonisation, les habitants de la grande île ont été acculturés, mais le socle de la culture a été gardé. L’indépendance est aussi un autre épisode de l’histoire, elle a été bouleversée par des différentes crises marquant chaque génération. 

Ils ont assez pleuré !   En outre, la crise sociopolitique de 2009, engendrée par la soi-disant manifestation populaire, chamboule la vision malgache sur tous les plans. Sur le plan hiérarchique, les raiamandreny ne se font pas respecter. Sur le plan culturel, les jeunes n’ont plus le temps d’assister à des cérémonies traditionnelles, vu que la crise se répand, les poches se vident. Bien entendu, la recherche des profits est plus importante que d’assister au dernier hommage d’un membre de la famille. Madagascar a connu une décennie mouvementée, une situation sociale dramatique. Dès lors, la population plonge dans un cosmos victimaire, mais avec un appétit insatiable. Dès lors, elle laisse la culture, qui lui semble trop lourde pour avancer. Les conservateurs, quant à eux, se désolent. « C’est le symbole de la décadence et de la débauche. Au lieu de se donner la main, nous nous éloignons. Nous ne serons jamais comme les étrangers car nos cultures ne sont pas similaires », voulait faire entendre Andrianarovy, un traditionaliste. 

Iss Heridiny

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