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lundi 26 septembre 2022
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Vindicte populaire : La corruption au sein des services publics au cœur du problème

Anaclet Imbiki reprend sa plume face à la recrudescence des cas de vindicte populaire.

L’évènement à Ikongo continue de faire couler beaucoup d’encre. Pour l’ancien ministre de la Justice, Anaclet Imbiki, la lutte contre la corruption devrait être une priorité si on veut faire baisser la tendance, déjà en hausse, à recourir aux vindictes populaires.

« La dotation de moyens appropriés aux services publics en charge de la sécurité et de la justice, la lutte contre la corruption au sein des services publics en charge de la sécurité et de la justice, la responsabilisation des organisations de la société civile à développer l’éducation citoyenne, notamment au respect et à la défense du droit à la vie, et la sensibilisation au recours et à l’homologation des “dina” » sont des pistes de solutions avancées par Anaclet Imbiki, ancien ministre de la Justice, pour renverser la vapeur concernant la tendance à recourir à la vindicte populaire. À Ikongo, la tentative d’une foule à s’en prendre à des présumés auteurs de rapt d’un enfant albinos dégénère et fait perdre la vie à plus de vingt personnes après la réplique à balles réelles des éléments de la gendarmerie. Consternation et indignation dans tout le pays. « La recrudescence de la vindicte populaire, ces dernières années, entretient le mythe de la crise de confiance entre les citoyens et les gouvernants », soutient l’ancien garde des Sceaux.

Crise de confiance. Dans une longue analyse de plus de trente pages qu’il a publiée récemment, le juriste expose la « complexité » de ce sujet qui prend, pourtant, une allure inquiétante à s’intensifier.  « Dans ce contexte d’insécurité et de dépravation morale avancée et généralisée », analyse-t-il, le recours à cette « justice populaire » pourrait prendre de l’ampleur. « On constate à Madagascar des velléités de pratiques de vindicte populaire, pour remédier à l’accroissement substantiel de l’insécurité que les pouvoirs publics, malgré les efforts déployés, n’arrivent pas à régler de manière satisfaisante », déplore l’ancien ministre de la Justice.  Et si le sentiment collectif remet en question l’efficacité des forces de sécurité à faire baisser significativement l’insécurité, la vindicte populaire pourrait constituer un raccourci. « La banalisation d’une telle crise de confiance finirait par s’incruster dans l’esprit des citoyens que seule la vindicte populaire permet de venir à bout de l’insécurité généralisée tant dans les zones urbaines que les zones rurales », poursuit-il. Surtout, selon toujours Anaclet Imbiki, si « le malfaiteur est libre et impuni, les citoyens se sentent généralement en danger de mort et sans espoir de protection efficace à cause de la corruption scandaleuse, révoltante et impunie qui mine les services publics de sécurité et de justice, à l’instar d’ailleurs d’autres secteurs des pouvoirs publics à tous les niveaux ».

Négation. Anaclet Imbiki décortique les différentes dimensions de la vindicte populaire dans sa publication. « Il faut admettre que la vindicte populaire s’oppose au principe de l’Etat de droit. Elle est une négation du système juridictionnel légal, et à ce titre, contribue assurément à décrédibiliser, sinon, à déstabiliser les pouvoirs publics », soutient-il. Et la vindicte populaire, selon toujours Anaclet Imbiki, est source de vengeance des forces de sécurité, sous le prétexte de légitime défense ou d’état de nécessité. Toutefois, « il est socialement et psychologiquement difficile d’empêcher la vengeance de la victime et de ses proches tant que, d’une part, confortés par leur perception des réalités quotidiennes vécues que les criminels seront relâchés et impunis, et d’autre part, convaincus que les Institutions étatiques sont manifestement défaillantes », regrette l’ancien ministre. Et toujours selon ce dernier, « en l’état actuel de l’éducation citoyenne à Madagascar, il faut être réaliste, car si on met l’accent sur une évaluation objective des résultats enregistrés dans de nombreuses localités, la vindicte populaire constitue incontestablement une justice d’auto-défense collective efficace, car suffisamment dissuasive ». « Face au regain d’ampleur et la complexification de l’insécurité et l’insuffisance des résultats de l’action de l’Etat et ses démembrements, la population est contrainte de s’organiser et met en place des dispositifs d’auto-défense collective, dont les pratiques de vindicte populaire », poursuit-il.

Échec. La corruption revient beaucoup dans l’analyse de l’ancien ministre sur la recrudescence de la pratique des vindictes populaires. Pourtant, il reste perplexe sur la lutte contre ce fléau. « On sait que concernant la lutte contre la corruption, de l’avis des observateurs objectifs de la vie publique à Madagascar, il manque manifestement une volonté politique malgré les discours officiels, en décalage avec les pratiques politiques et administratives », soutient Anaclet Imbiki. « La situation ne cesse de se dégrader à Madagascar, malgré une légère amélioration de l’Indice de perception de la corruption en 2020 et 2021, et que les services publics en charge de la sécurité (Administration territoriale, Police Nationale et Gendarmerie Nationale ainsi que de la Justice) sont justement classés par les organes spécialisés parmi les secteurs les plus corrompus », poursuit-il. Aussi, « toute action de lutte contre la corruption au sein des seuls services publics en charge de la Sécurité et de la Justice est vouée à l’échec, si elle n’est pas en même temps entreprise dans le cadre de la politique générale de lutte contre ce fléau au sein de tous les pouvoirs publics qui en sont affectés, horizontalement dans tous les domaines, et verticalement, à tous les niveaux », avance l’ancien ministre.

Recueillis par Rija R.

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4 COMMENTAIRES

  1. Analyse intellectuellement très pertinente. Toutefois cette analyse n’empêche pas l’ancien ministre de s’être trouvé du côté des corrompus :  » un scandale qui a éclaté sur les réseaux sociaux et qui implique le ministre alors soupçonné de pots-de-vin. Des extraits de conversations téléphoniques entre le ministre et une tierce personne à propos d’une somme d’argent versée en contrepartie de l’annulation d’une procédure d’arrestation fait le tour des réseaux  » ( Anadolu Agency 14-02-2022 )

  2. Erreur de ma part. Il y a le fils et le père. 2 personnes différentes. Le père devrait conseiller le fils sur la façon de se comporter. En tout cas , analyse extrêmement pertinente.

  3. L’homme qui soulève la problématique est bien placé pour en parler.
    C’est dire que le mal date; le phénomène présente un aspect tentaculaire ; les biens que ce vice
    a charrié avec lui doivent être classés : biens mal acquis Et confisqués sans indulgence.
    C’est dire qu’un cancer qu’il soit thérapeutique ou sociétal ne peut connaître d’auto- guérison sans traitement lourd, onéreux et long.
    Les publications que l’homme a pu livrer comme indiqué ici ont-elles pour objet d’ agiter les esprits ( tonga saina) et les  » tanana zatra nitsotra « (faire mains basses) ou pour servir de tuyaux à creuser ?

  4. Des pratiques…essentialisantes

    En Russie , on dit « macroner » : aller savoir pourquoi ?!!
    Parlant de Madagascar et de ses élites , devinez quel substantif ou qualificatif vient aussitôt à l’esprit .
    Et chacun de pronostiquer l’issue fatidique de toute démarche malagasy . Où l’on a mal pour l’humaine nature !

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