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mercredi 7 décembre 2022
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Jean Razafindambo – romancier : « La pauvreté est manufacturée par la  manière de faire de la politique »

Jean Razafindambo, ancien journaliste, fondateur du journal majungais « Mahajanga kolo » (1980–1984) et fonctionnaire canadien retraité

Son père est né à Majunga et sa mère dans le Moyen-Orient. Basé à Ottawa au Canada, Jean Razafindambo est l’auteur de l’ouvrage « Absurdistan ? Ici l’enfer 2611 ». Il va rééditer ce petit exploit l’année prochaine avec une suite logique « Sur les traces indéfendables des beaux salauds ». Il parle de ses livres, ses idées et de sa liberté.  

Midi Madagasikara : Pouvez-vous nous parler de ce roman qui va paraître prochainement ?

Jean Razafindambo:Le roman qui va être publié en juin 2023 est une suite logique du roman publié en juin 2022. J’ai eu la nette impression après avoir publié le roman en juin 2022 que je suis allé plus loin que je ne l’ai jamais été. Mais au bout du compte en regardant l’actualité, je ne suis pas encore allé assez loin. D’où le désir de continuer sur un autre manuscrit.

Le roman qui va paraître en juin 2023 va donc accentuer encore plus l’absurdité de la situation. Je pars de la réalité pour la mélanger à la fiction. Dans un roman, je suis libéré du fardeau de la preuve. J’insiste sur le fait que je parle d’un pays fictif que j’ai décidé d’appeler l’Absurdistan à partir des faits réels observés sur le pays Madagascar. Dans le nouveau roman, tout est relié à l’Absurdistan mais l’histoire se passe la plupart du temps en dehors de l’île.

Le deuxième personnage du roman déjà publié devient le personnage principal dans le roman à venir. C’est un colonel de la gendarmerie absurdane en situation de disponibilité. Il travaille comme consultant pour les Nations unies faisant face à de graves situations de corruption au sein de l’organisation…

MM : Quel a été votre sentiment quand vous avez fini votre premier roman ? Fier, malheureux, apaisé…

JR : Finir l’écriture d’un livre, c’est comme mourir pour de vrai dans un grand brasier et renaître de ses cendres à la fin de tout le cheminement ! Comme l’oiseau mythique qu’est le Phénix ! 

MM : Il y a donc eu de la douleur, pour une rédemption après ? Est-ce l’effet Madagascar ou autre chose ?

JR : J’ai fait ma thérapie personnelle avec l’écriture des deux livres que j’ai publiés jusqu’ici.

MM : Il y a la mention « tirés de faits réels », cela ne risque-t-il pas de confondre quelque peu les lecteurs et lectrices ? Ou cela fait partie du jeu ?

JR : Les faits réels sont le point de départ. Après, car le journaliste devenu auteur est libéré du fardeau de la preuve, il laisse son imagination faire le reste. Il y a des faits qu’on ne pourra jamais prouver ni vérifier ni recouper dans la réalité. Donc, je laisse le travail à la fiction.

Je pars de Madagascar pour arriver en Absurdistan… Je ne cherche d’ailleurs pas à cacher de quel pays je parle dans le roman. 

MM : Après, est ce que ce serait facile pour un Malgache de vivre en « Absurdistan » ?

JR : Si Madagascar n’était pas le pays qu’il est, l’auteur Jean Razafindambo n’aurait pas sa raison d’être…

MM : Rares sont les romans actuellement venant des écrivains malgaches, pourquoi avoir fait ce choix d’une thématique avec une résonance politique ?

JR : J’étais journaliste indépendant pendant 10 ans à Madagascar avant de quitter le pays. Je gueulais déjà fin des années 70, début des années 80. Pourquoi vais-je me taire maintenant que la situation est pire qu’à ce moment-là ?

La vie est politique. Manger est politique. Travailler est politique. Tout est relié à la politique. C’est absurde de penser qu’un journaliste ou auteur puisse être apolitique. 

MM : Dans un pays où le discours politique est assez limité… Le peuple, électeur, perdu dans la pauvreté…

JR : Seulement, pour moi, la politique ce n’est pas ce qui se fait à Madagascar depuis trop longtemps. Il n’y a pas de pouvoir politique au pays. Il n’y a qu’une organisation déjà très proche d’une organisation criminelle… La pauvreté est manufacturée par la manière de faire de la politique de ceux et celles qui dirigent le pays.

MM : Donc, le pays subit d’après vous ? Le citoyen malgache particulièrement…

JR : Absolument ! « Quand la vérité n’est pas libre, la liberté n’est pas vraie! », de Prévert. Il y a des gens qui sont fiers d’être très riches dans un pays dont la majorité croule sous la pauvreté. C’est ça l’absurdité de la politique à Madagascar.

MM : Pourquoi un roman pour mettre tout cela en perspective ? De plus, diffusé à l’étranger…

JR : Un livre doit se vendre et malheureusement, le pouvoir d’achat de la majorité est assez bas. Je vise donc ceux et celles qui aiment encore lire. Bref, ceux et celles qui peuvent acheter le livre. Un roman car le journaliste n’est libre qu’en apparence…

Essayez de prouver qu’il n’y avait que les bagages du président dans sa valise et non autre chose. C’est impossible! 

MM : Quelque part votre livre s’adresse à une certaine catégorie de personnes, qui peut encore se payer un livre en euro ou en milliers d’ariary… Pourtant, une thématique qui pourrait toucher le plus grand nombre…

JR : Je ne vois pas comment le plus grand nombre pourrait se permettre de s’acheter mon livre. À moins que l’exercice soit subventionné. Mais à ce moment-là, l’auteur perd sa liberté… Si j’étais riche comme certains, je distribuerai gratuitement le roman. Mais je ne suis qu’un retraité aux moyens limités.

MM : Vous tenez beaucoup à votre liberté, est ce que cela aurait été possible à Madagascar même si vous aviez les moyens ? 

JR : À Madagascar, c’est impossible d’avoir la liberté de penser, de s’exprimer et d’action que j’ai. Cela fait 48 ans que j’écris et que j’observe Madagascar. Impossible!

MM : Est-ce-que ce serait juste de vous qualifier d’auteur engagé ?

JR : Engagé par qui ? Je ne peux pas dire que je suis engagé. Mais je n’aime pas l’injustice. Et j’aime ma liberté.

MM : Donc, est ce que c’est à l’âge de la retraite que vous avez constaté ce qui ne va pas dans le pays ? Ou est-ce à ce moment que la vocation s’est révélée ?

JR : J’ai eu beaucoup plus de temps pour l’écriture à la retraite. Je n’étais pas libre d’être ce que je voulais devenir à Madagascar. Je suis parti pour affirmer cette liberté même si je ne savais pas encore où j’allais. 

MM : Pouvez-vous nous décrire un peu l’Absurdistan, sans avoir à tout dire ?

JR : C’est le pays de l’absurdité, tout simplement !

MM : Jusqu’au peuple ?

JR : Le peuple est trop résilient ! Pouvez-vous imaginer qu’en 62 ans d’Indépendance, il n’y a que 15% qui jouissent de l’électricité et, encore moins que ça, pour l’eau potable ? Dans un pays très riche potentiellement ?

Dans le roman déjà publié, cela se termine quand même sur une bonne note. J’ai choisi de l’écrire comme ça car il ne reste plus que cet espoir que tout va bien aller pour la majorité de la population.

Recueillis par Maminirina Rado

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