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samedi 10 décembre 2022
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Changement climatique : Dr Mahatante Tsimanaoraty Paubert « Madagascar figure parmi les pays d’Afrique qui ont le plus de potentialités si l’on parle de carbone bleu »

Dr Mahatante Tsimanaoraty Paubert, expert en changement climatique et ministre de la Pêche et de l’Économie bleue à Madagascar.

Madagascar ambitionne de devenir le pays modèle en matière de carbone bleu. Lors de son intervention au World Leaders Summit en marge de la COP 27 à Sharm El-Sheikh, Egypte, le chef d’État a mis en avant l’étendue des ressources dont dispose la Grande île pour ce faire, notamment ses 5 603 km de côtes.

Le Dr Mahatante Tsimanaoraty Paubert, ministre de la Pêche et de l’Économie bleue et expert en changement climatique a accepté de nous en dire plus sur le sujet et sur les enjeux que cela représente pour le pays.

Midi Madagasikara (M.M) : Qu’entend-on par carbone bleu et quelles ressources a-t-on à disposition pour faire de la Grande île un pays modèle ?

Mahatante Tsimanaoraty Paubert (M.P) :Le carbone bleu est un concept qui a été promu depuis 2009 en réponse aux problèmes climatiques actuels. La plupart des chercheurs ont jugé ce concept utile pour combattre le changement climatique.

Ce concept est relatif à l’eau et nous renvoie au phénomène de séquestration de carbone par les plantes et végétations aquatiques. On parle ici de l’eau en général : eau douce, eau saumâtre, eau de mer, etc. N’est pas concernée, l’eau souterraine. 

On peut dire que Madagascar figure parmi les pays d’Afrique qui ont le plus de potentialités si l’on parle de carbone bleu. La Grande île détient la première place en termes de longueur de côtes. On parle ici de 5 603 km de côtes. Par rapport à la Zone Économique Exclusive ou ZEE, celle de Madagascar s’étend sur 1 141 000 km2. La présence du plateau continental vaste de 870 000 km2 au sud du pays constitue également une autre potentialité. Ce plateau continental est d’ailleurs plus vaste que la superficie même de l’île. L’avantage d’avoir un plateau continental, c’est que la profondeur moyenne tourne autour de 30 à 50 mètres. Ce qui est encore compris dans la zone euphotique c’est-à-dire où la lumière solaire peut encore pénétrer. Et là où la lumière peut pénétrer, le développement de la photosynthèse peut exister au niveau des végétaux peuplant cet habitat. Donc, la séquestration de carbone peut se faire.

Si l’on parle de la zone côtière, nous avons une mangrove qui est vaste d’environ 392 000 ha. C’est l’évaluation qui a été faite récemment par les ONG (Organisations non Gouvernementales) environnementales à Madagascar. L’on nous a toujours dit qu’une forêt tropicale de mangroves séquestre presque 3 fois plus de carbone que les « forêts tropicales ordinaires ». Ce qui donne beaucoup plus d’importance à la forêt de mangroves à part son rôle protecteur, etc. Par ailleurs, on peut également parler des zones d’arrière-mangroves, où on peut développer beaucoup d’activités aquacoles, là où il y aurait toujours des développements de phytoplanctons. Tout cela contribue bien sûr à la séquestration de carbone.

Au niveau de la terre ferme, on a les marais salins qui sont des écosystèmes plus ou moins fermés et saumâtres, où se développent des végétations aquatiques adaptées. Parallèlement à cela, il y a les lacs, les fleuves et les rivières. Pour le cas de Madagascar, nous avons à peu près 155 000 ha de lacs, ainsi qu’une quarantaine de fleuves et rivières d’une longueur totale d’environ 9 000 km. Des végétations se développent autour de ces zones. L’activité photosynthétique de ces végétations peut toujours être qualifiée de séquestration de carbone.

M.M : Si le pays veut réellement investir dans le carbone bleu comme il a été annoncé à Sharm El-Sheikh, comment pourrait-on concrètement procéder ?

M.P : De mon point de vue, si on veut développer le carbone bleu, pour un pays comme Madagascar, il faut surtout miser sur la conservation des phanérogames marins qui constituent la principale alimentation des dugongs et des tortues et qui contribuent à la séquestration de carbone. Il y a également la conservation des écosystèmes aquatiques végétaux marins comme les macroalgues qui contribuent à la protection de l’environnement.

Le développement de l’algoculture dans toutes les baies qui ne sont pas exploitées par les activités touristiques est également une piste très intéressante. L’algoculture est une activité très rémunératrice et en pleine expansion en ce moment à Madagascar. Son avantage réside dans le fait qu’elle peut procurer de l’argent aux ménages et communautés, d’un côté. Mais on pourra également évaluer et vendre le carbone séquestré, de l’autre. En guise d’exemple, un ménage dans le sud-est du pays peut gagner entre 700 000 Ar et 1 500 000 Ar par cycle de 45 jours.

Parallèlement à cela, il faut miser sur le renforcement de la conservation et de la restauration des mangroves. Tout comme il faut renforcer les efforts en matière de conservation des zones humides. D’ailleurs, il existe actuellement plusieurs sites qui doivent être intégrés comme sites Ramsar.

Enfin, il y a des technologies telles que l’OPR (Ocean Pasture Restoration) qui sont très en vogue dans certains pays comme le Canada, le Chili ou récemment en Inde. L’OPR consiste à verser des tonnes de poudre de fer dans l’océan afin de stimuler la production primaire. Et qui dit production primaire dit phytoplanctons, et qui dit phytoplanctons dit photosynthèse. Cette technique permet alors de penser que l’activité photosynthétique va augmenter. Et cela va contribuer théoriquement, à la séquestration de carbone.

M.M : Investir dans le marché carbone est-il financièrement intéressant pour un pays comme Madagascar à l’heure actuelle ?

M.P : Aujourd’hui, le marché carbone se situe aux alentours de 75 à 80 USD la tonne. Parfois, si on négocie bien, on peut arriver jusqu’à 100 USD. Sinon, cela peut descendre jusqu’à 20 USD. D’où l’importance de pouvoir multiplier tous les efforts parce que c’est de l’argent propre. C’est-à-dire que l’on conserve et l’on protège l’environnement mais en même temps, on gagne de l’argent.

Le problème, toutefois, dans le marché carbone réside dans le processus. Ce dernier est tellement long que cela démotive les acteurs. Il faudrait donc plaider pour l’allègement de la procédure.

Propos recueillis par José Belalahy

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