
Le monde de la musique malgache, en particulier du rock, a perdu un de ses piliers en la personne de Kelly Charles Rajerison. Il est décédé le 19 mars des suites d’une longue maladie.
Semblable à l’ami fidèle mais discret, celui qui distille une amitié sincère et paisible, on se rend compte du grand vide laissé quand il décide de partir. Kelly Charles Rajerison est parti rejoindre les immortels samedi des suites de son Alzheimer à 69 ans. Son décès a suscité autant la stupeur que le grand respect étant un monument sacré de la musique malgache. Jusqu’à fasciner la nouvelle génération sur qui était cet homme, musicien, parolier incisif, guitariste de génie, technicien du son hors pair…
Mais surtout pionnier du rock malgache. Dans une publication sur les réseaux sociaux, l’hommage de Thierry « Dekapy » Ratsimbazafy, le guitar-hero malgache pourrait résumer le parcours du défunt. « Kelly est parmi les aînés qui ont posé les bases de l’histoire du rock à Madagascar. Cela a débuté dans les années 60 et 70, jusqu’à aujourd’hui. Il a été membre du groupe Pumpkins avant qu’il ne fasse une carrière en solo ». Mais l’histoire rappelle également qu’il a été surtout « remarqué » pour son humilité.
« Je me souviens quand je faisais un stage dans un grand festival, le programme nous a envoyé dans la cour centrale de la prison d’Antanimora pour un concert de Kelly Rajerison et du groupe Ny Ainga. Il y avait eu un pépin technique lors de son set. Kelly Rajerison a dû régler un truc sur sa guitare. J’ai dû prendre le micro pour faire patienter le public. Quand je n’avais plus d’argument, j’ai lancé : accélérez les gars, je ne trouve plus de chose à raconter. Dans son calme légendaire, Kelly Rajerison m’a répondu : raconte des blagues. Et je me suis mis à raconter des blagues débiles devant plus de deux milles détenus. A la fin du concert, il m’a lancé, avec un sourire en coin : bien joué petit frère ! », se souvient un ancien universitaire.
C’est dire que partager quelques instants avec l’artiste ne laisse jamais indifférent. Dès l’annonce de son décès, les hommages ont plu. Au-delà de l’artiste, parolier et musicien, celui d’un des meilleurs ingénieurs du son de Madagascar a été un point commun. Il a travaillé chez Discomad, une maison de production qui a vu éclore des légendes vivantes de la musique malgache. Côté musical, Kelly Rajerison a laissé des chansons cultes au patrimoine musical national.
« Taratasy ho anao », un titre ralliant tous les inconditionnels et les mélomanes malgaches. « Tsaroanao ve ? », un morceau baignant dans la fièvre de l’amour. « Ankalazaina », dédiée aux mères, un remerciement en musique. « Toerana iray », l’aspiration à un lieu de fraternité, de paix, avec des oiseaux volant au loin, faisant oublier les peines. Et « Tsikitsiky lava », garder le sourire malgré tout…
Maminirina Rado




