C’est une attente pleine d’appréhension que vivent les Malgaches depuis le début de l’année. Les analyses de tous les prévisionnistes se rejoignent: les mois à venir vont être difficiles à passer. Il ne faut pas être grand clerc pour annoncer que les conditions de vie des habitants de la Grande île vont se dégrader. Ils ont traversé beaucoup d’épreuves auparavant et ils en sont sortis indemnes, mais celles qui vont arriver seront peut-être les plus difficiles de ces dernières années. Ils ont déjà eu un avant- goût avec cette hausse des prix qui est à la limite du supportable. Mais c’est l’ensemble des indicateurs économiques qui montre que le pire est à venir. Le pouvoir a annoncé l’imminence de l’augmentation des prix du carburant et il a commencé à préparer les esprits au choc inflationniste probable. Les revendications sociales font leur apparition. Les syndicats ont déjà exposé leur vision de la situation à venir. On ne sait pas ce que le pouvoir va retenir des suggestions avancées. Pour le moment, l’atmosphère générale reste calme. Le pouvoir se prépare aussi à affronter la vague des hausses qu’il doit essayer de tempérer. Le pays n’est pas encore sorti de cette période cyclonique qui a été particulièrement intense cette année. Il ne s’est pas encore remis du passage d’Ana, Batsirai, Dumako et Emnati. D’autres systèmes dépressionnaires risquent encore de se former et venir frapper la Grande île. Les populations des régions dévastées vont rester encore longtemps sinistrées. Madagascar subit aussi les contrecoups de la crise russo-ukrainienne qui est en train de perturber l’équilibre politique mondial. Les conséquences économiques qu’elle génère vont se faire sentir aussi chez nous. Les Malgaches suivent les événements qui se déroulent en Europe avec attention, mais le pays entend ne pas prendre parti dans ce conflit.
C’est bien évidemment l’évolution de la situation en Europe qui retient l’attention de tous les médias de la planète. La progression de l’armée russe a été stoppée par la résistance ukrainienne. Vladimir Poutine a dû renoncer à son rêve de conquête rapide de l’Ukraine. Le bloc européen s’est soudé et présente un front uni contre lui. Le président Volodymyr Zelensky a su conquérir le cœur des opinions publiques européennes. Ses discours devant les différents parlements ont su toucher la fibre émotionnelle des populations. Le sommet des 27 chefs d’État européens a précédé celui de l’Otan et la réunion du G7. Cela a désarçonné l’assurance du maître du Kremlin qui doit réviser tous ses plans. La diplomatie européenne est redevenue très active. Une nouvelle résolution condamnant l’attitude de la Russie a été présentée à l’Assemblée Générale de l’ONU et elle a été votée par une écrasante majorité des membres. 141 pays sur 183 l’ont adoptée. Pour le moment, les pays européens appliquent des sanctions de plus en plus dures vis-à-vis de la Russie. Les conséquences sont terribles au niveau économique, mais les occidentaux sont eux aussi pénalisés par la riposte du maître du Kremlin.
La crise déclenchée par le conflit russo-ukrainien va durement affecter le monde entier. Le président Emmanuel Macron a annoncé que des drames allaient surgir dans de nombreux pays du fait de la pénurie de céréales engendrée par l’arrêt de leur exportation par les deux belligérants. Madagascar va certainement subir les conséquences de ce dérèglement du marché international. On ne sait pas encore dans quelle mesure elle en sera affectée. Mais une chose est sûre : elle doit se préparer à faire face à une série de difficultés pouvant mettre à mal sa cohésion sociale.
Patrice RABE




