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samedi, septembre 12, 2026
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Jaona Ravaloson : « La politique étrangère n’est pas un déterminant du choix des électeurs »

Jaona Ravaloson est aussi auteur du livre « La transition démocratique à Madagascar »

Dans le cadre d’un entretien exclusif, Jaona Ravaloson, ancien ambassadeur de Madagascar auprès des Nations unies et de l’OMC, aujourd’hui consultant en finances internationales, répond aux questions de Midi Madagasikara concernant certains aspects de la répercussion de la crise ukrainienne. 

Midi Madagasikara : Est-ce que la position de « neutralité » adoptée par Madagascar dans le cadre de la crise ukrainienne pourrait concrètement avoir des impacts sur nos relations avec les pays partenaires, comme les européens et les américains ?

Jaona Ravaloson : Tout ce que Madagascar dit ou fait peut avoir des impacts (positifs ou négatifs) sur ses relations avec les pays tiers. Il y a certainement en jeu d’autres paramètres que la crise ukrainienne, pour ce qui concerne les relations de Madagascar avec les deux puissances économiques que vous évoquez. C’est quelque peu difficile d’évaluer le poids du facteur spécifique ukrainien. Généralement, les relations sont multidimensionnelles et sont à géométrie variable. Deux États peuvent s’entendre sur un sujet et s’opposer sur un autre. Ce sont la souveraineté nationale et les intérêts bien compris de chacun qui dictent les positions. Et c’est tout à fait normal. Par ailleurs, indépendamment des attitudes des belligérants, des co-belligérants ou des soutiens de tel ou tel camp à l’égard de notre pays, les dégâts collatéraux que nous subissons à cause de cette crise sont réels et importants (répercussions au niveau local de l’envolée globale des prix de l’énergie et des cours des produits alimentaires, etc.). Ils sont préoccupants en eux-mêmes.

Midi Madagasikara : A votre avis, compte tenu des enjeux géopolitiques et sécuritaires dans le sud-ouest de l’océan Indien et des besoins de financement de notre économie, cette « neutralité » assumée, comme ce qui a été également adoptée par certains pays africains, est-elle la meilleure manière pour Madagascar de se faire un nom sur l’échiquier international ?

Jaona Ravaloson : Ce n’est pas la position adoptée sur une crise particulière quelle qu’elle soit, de surcroît loin de nos frontières, qui distingue Madagascar sur l’échiquier international. Comme vous le savez, Madagascar est réputé depuis longtemps pour sa biodiversité, ses sites touristiques, sa culture, sa cuisine, les richesses de son sous-sol, ses épices, la qualité de sa main-d’œuvre, etc. Le 10è rang en Afrique occupé par Madagascar en matière de Soft Power tel que mesuré récemment par l’indice du cabinet britannique Brand Finance tient à ce genre d’atouts. Il n’est pas dû ni entaché par son attitude à l’égard du conflit russo-ukrainien.

Midi Madagasikara : La position de neutralité risque-t-il alors de faire fuir les investisseurs et les investissements d’origine « occidentale » à venir s’installer dans le pays, étant donné que nos potentiels, notamment en ressources minérales, sont reconnus ?

Jaona Ravaloson : En matière d’attractivité d’investissements internationaux, ce sont les fondamentaux économiques qui comptent. En font partie les coûts des facteurs, l’environnement des affaires, la sécurité juridique, les infrastructures (télécom, énergie, transport), la disponibilité de ressources humaines et naturelles de qualité, un taux de change favorable, etc. Si nous disposons de ces éléments, je doute fort qu’un investisseur étranger, un acteur mû par la rationalité économique, puisse se préoccuper de choses périphériques.

Midi Madagasikara : En choisissant cette position, Madagascar est-il en passe de s’émanciper de l’influence française dans la région ? 

Jaona Ravaloson : Je croyais que Madagascar n’a subi l’influence coloniale que de 1896 à 1960 et le reste du temps souverain et indépendant, reconnu par le concert des Nations !

Midi Madagasikara : De quelle manière, à votre avis, les enjeux de cette crise ukrainienne pourraient-ils se manifester dans le cadre de la prochaine élection présidentielle de 2023 ?

Jaona Ravaloson : Dans la plupart des pays du monde, grands comme petits, la politique étrangère n’est pas un déterminant du choix des électeurs. D’autres enjeux (sociaux, économiques, etc.) sont plus importants. Est-ce que des puissances étrangères, belligérantes, co-belligérantes ou neutres tentent d’influer les élections en appuyant des candidats ? C’est déjà arrivé !

Recueillis par Rija R. 

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