jeudi, avril 3, 2025
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Le « grand départ » : La « civilisation » des convergences austronésienne et africaine

Imagination artistique et historique du grand départ austronésienne pour l’indo-pacifique.  (crédits photos : Dose of Disbelief Page)

Fondateurs de la « navigation roturière », les Austronésiens ont conquis le commerce maritime de l’océan Indien en étant les pionniers de la fameuse « route des épices ». La période des premières installations malgaches permanentes, depuis les plages du « grand départ » reculent encore et encore dans la datation.

Il y a plus ou moins 5 000 ans, le milieu scientifique semble être tombé d’accord sur cette échelle de temps, le « grand départ » a commencé par l’« Out of Taïwan ». De cet atoll chinois, aujourd’hui en quête d’auto-détermination, les Austronésiens ont défié les houles et les imprévus des mers. Direction, le Pacifique, puis l’océan Indien. Ainsi naquit la « navigation roturière ». Les plus éminents spécialistes remontent les tous premiers déplacements vers l’Océanie, proche à 40 000 ans, voire plus. Au moment où le niveau des eaux facilitait les établissements d’île en île. En radeau, tout d’abord vers la Nouvelle Guinée et l’Australie. Jusqu’à ce qu’une nouvelle technologie fasse son apparition au commencement de l’holocène. L’archéologie a mis à jour l’existence de la pirogue monoxyle, dont la création remonte tout au plus à 10 000 ans. La difficulté des recherches pour Madagascar, c’est que les universitaires se tournent souvent vers l’expansion mélanésienne, micronésienne et polynésienne. Les études sur l’expansion vers l’ouest commencent à s’enrichir malgré des écarts de plusieurs décennies.

Pour des chercheurs de l’université de Cambridge au Royaume Uni, l’Océan Indien était un axe fréquenté par les Austronésiens il y a déjà trois millénaires. Soulignant au passage l’existence des Austronésiens commerçants. Ce qui soutient une autre théorie américaine selon laquelle, Madagascar était déjà habité de manière permanente à cet intervalle d’époque. La Grande Île aurait aussi servi de magasin de dépôt pour ces Austronésiens selon la légende. Ces derniers se gardaient d’en parler, cachaient son emplacement, pouvaient alors être très présents et actifs dans le commerce maritime. Déjà particulièrement prudents et vendeurs aguerris, la dextérité des pirogues à balancier le permettait. Il reste à savoir de quels Malgaches il pourrait s’agir. Les ramifications d’échanges immenses indianocéaniens menaient ces commerçants vers l’Eurasie, l’Afrique de l’est, l’Arabie… Les dernières avancées de la génétique renvoient à une similitude entre Madagascar et Taïwan. Cette dernière, considérée comme l’île source de l’expansion austronésienne.

Cependant, le riz est venu apporter une autre lecture. Des études combinées sur la graine ont démontré que ce morceau de sol chinois était une passerelle entre la grande terre, Chine continentale, et l’Asie du sud-est. À cette image, Madagascar serait donc une terre de convergence « des plus grandes vagues historiques d’expansion linguistique : les expansions austronésienne et bantoue ». De nouvelles perspectives, appuyées par des travaux sur le génome malgache, soulignent une sorte de mariage/assimilation. Un mélange pacifique qui s’est développé en Afrique de l’est d’abord, avant de voir ces premiers « perpétuels » se déplacer de manière définitive sur la Grande Île. Cela entre 3 000 et 1 000, avant qu’Andrianampoinimerina ne décrète « l’horizon limite son royaume ». Au-delà, le 10ème ciel appartiendrait à Dieu aurait-il pu penser. De même, l’Afrique subsaharienne a été une base d’expansion idéale vers Madagascar. Avec ces ports marchands, elle abritait une population bantoue source du « nord du fleuve du Zambèze ». Tandis que les Austronésiens venaient selon les généticiens « d’une région englobant les îles de la Sonde, les îles Moluques et la Malaisie ».

Ce qui est resté du Taïwan d’origine est une exclusivité linguistique, partagé par le malgache et les autres langues de la branche « Western Malayo Polynesian ». Une exclusivité dont les usages sont pratiqués uniquement chez le peuple aborigène « Rukai », « Amis »… gens des côtes Sud Sud-Est et gardiens d’un vaste lexique marin. D’où la supposition d’un trajet direct. Après la première installation continue des Malgaches, les vagues d’arrivants austronésiens se sont multipliées jusque vers 400/500 après le temps chrétien. Petit à petit, les contacts tardifs (grecs, perses, arabes, indiens, européens…) finissaient de définir une identité dynamique. Ces ancêtres du « grand départ » ont ainsi participé à « 60 000 ans d’évolution indépendante ». Cependant, avec le manque d’intérêt de la recherche scientifique sur la relation austronésienne avec l’océan Indien, les prochaines décennies seront cruciales pour embellir les théories en vigueur. Ce n’est pas forcément le rapport : expansion linguistique = expansion humaine. Ou encore, expansion humaine = développement de l’agriculture, notamment la riziculture.

Nombreux facteurs génétiques battent souvent en brèche les anciennes découvertes archéologiques, linguistiques et historiques. Tandis que beaucoup complètent les nouvelles percées, surtout américaines et indonésiennes, donc des recherches anglophones. Tous attestent que les « ancêtres fondateurs » étaient présents bien avant l’époque avancée par les hypothèses « politisées ». C’est toute une technique, encore en vigueur à ce jour, qui a permis aux ancêtres marins de mettre pied sur le plancher des vaches. D’abord, le principe essentiel de la survie et assurer l’installation définitive est de trouver de l’eau douce. Dans la logique pour pouvoir toucher terre, il fallait franchir le danger du récif. Le privilège a été donné aux lagons et aux embouchures. Là où l’eau douce se jette dans la mer. A cause de celle-ci, le corail ne peut se développer pour s’ériger en barrière. Ces « passes » servaient de porte d’entrée naturelle aux pirogues sur les plages de l’Ouest, du Sud-Ouest, du Nord-Est… Au passage, les théories selon lesquelles les Austronésiens auraient toujours eu une préférence pour un unique ancrage seraient incomplètes.

Il ne serait pas étonnant que des scientifiques ne révèlent un jour que ces marins hors pair aient effectué plusieurs fois le tour du pays. Si la traversée des océans n’avait pas de secret pour eux, la navigation côtière se lègue au rang de promenade de prospection. Avec ces péripéties, ces établissements de « port » d’attache et les incursions en profondeur. Une toute autre histoire : l’entrée en terres centrales. En étendard de ce déplacement à l’intérieur des forêts primaires, la riziculture. Sans doute quelques siècles avant la création de l’écriture, les défrichages commencent. La civilisation du riz gagne le « territoire », les cités « à main d’œuvre » des champs et les systèmes politiques encore primaires naissent et s’articulent. Ici encore, les réminiscences pragmatiques et historiques de la composition et superposition « bantoue/austronésien ». Avec ses meneurs, ses visionnaires, ses sages… La langue est maintenant malgache, indépendante, identitaire. Les voyageurs de l’océan Indien de l’antiquité s’étonnaient alors de cette langue riche, unique et indicatrice d’une identité propre d’un peuple.

Maminirina Rado

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