
Madagascar est régulièrement frappé par des cyclones tropicaux, et ces dix dernières années ont vu une alternance de tempêtes modérées et de phénomènes particulièrement destructeurs.
Si l’on pourrait croire que les cyclones gagnent en intensité, la réalité est plus complexe. Certains ont atteint une puissance rare, tandis que d’autres sont restés d’intensité modérée. Enawo par exemple, survenu en mars 2017, reste le cyclone le plus puissant des dix dernières années. Classé catégorie 4 sur l’échelle de Saffir-Simpson, il a généré des rafales atteignant 300 km/h, provoquant des inondations majeures et laissant plus de 400 000 personnes sinistrées. Les pertes économiques ont été évaluées à plus de 400 millions de dollars. Ce qui est un record pour le pays.
Tout n’est pas dans la force
D’autres cyclones récents, comme Ava en 2018 ou Dikeledi en 2025, bien que moins puissants, ont causé des dégâts considérables en raison de la vulnérabilité des infrastructures et de la saturation des sols. Le problème n’est donc pas uniquement la force du cyclone, mais la fréquence et l’accumulation des impacts. De leur côté, les scientifiques se sont lancés dans des débats qui consistent à savoir si le changement climatique entraîne des cyclones plus violents. Si certaines études indiquent un renforcement de l’intensité des cyclones tropicaux dans l’Océan Indien, les données sur Madagascar ne montrent pas encore de tendance claire. Ce qui est certain, c’est que la variabilité de ces phénomènes rend la prévision plus difficile et impose une vigilance accrue.

Des systèmes dévastateurs
Si Enawo a marqué les esprits par sa puissance, d’autres cyclones moins violents ont pourtant causé des ravages importants dans la Grande île. Ava (2018) et Dikeledi (2025) en sont des exemples frappants. Ava, avec des vents à 140 km/h, a provoqué des inondations et des glissements de terrain qui ont fait 51 morts et forcé plus de 50 000 personnes à quitter leur domicile. Les dégâts ont été estimés à 195 millions de dollars. Dikeledi, en janvier 2025, a suivi un schéma similaire. Malgré des vents modérés, il a inondé 1 100 habitations et détruit 203 maisons. Cette catastrophe a perturbé la scolarité de 8 000 enfants en détruisant et endommageant plusieurs écoles.
Ces cyclones montrent que la puissance des vents n’est pas le seul facteur destructeur. L’état des infrastructures, la saturation des sols et la gestion des risques jouent également un rôle déterminant dans l’ampleur des dégâts.

Une intensité de plus en plus imprévisible
L’évolution des cyclones à Madagascar suit un schéma complexe. Contrairement aux idées reçues, ils ne sont pas forcément de plus en plus puissants. La variabilité reste forte : des cyclones extrêmes comme Enawo (2017) alternent avec des cyclones plus faibles mais destructeurs comme Ava (2018) et Dikeledi (2025).
Le changement climatique pourrait jouer un rôle dans cette irrégularité. L’élévation des températures de l’Océan Indien favorise une évaporation accrue et peut renforcer l’intensité de ces phénomènes. Cependant, la variabilité naturelle du climat rendrait difficile l’établissement d’une tendance claire sur les dernières décennies.
Un constat reste toutefois sans équivoque : les dégâts économiques et humains sont de plus en plus lourds. Les raisons sont nombreuses si l’on ne cite qu’une urbanisation mal maîtrisée, la déforestation et un manque d’infrastructures adaptées. Pour le pays, l’enjeu actuel ne se limite pas uniquement à prévoir les cyclones. Il est primordial d’adapter les villes et les villages malgaches pour en minimiser les conséquences.

Toamasina, ville sous menace permanente
La ville de Toamasina est l’une des plus exposées aux cyclones. Située directement sur la trajectoire des tempêtes tropicales, “elle subit en moyenne 20 millions de dollars de pertes annuelles liées aux cyclones.”
Chaque année, les mêmes problèmes se répètent : routes inondées, quartiers entiers sous l’eau, destruction de maisons précaires. Après le passage de chaque calamité, il faut des mois pour reconstruire, et la ville, à l’instar d’Antananarivo et tout le pays, peine à sortir de ce cercle vicieux.
Face à ce constat, les autorités envisagent de renforcer les digues et d’améliorer les canalisations. Mais ces mesures suffiront-elles ? La question est légitime lorsque l’on sait que les prévisions météorologiques indiquent une possible augmentation de l’intensité des cyclones à l’avenir.

Anticiper plutôt que subir
Si Madagascar ne peut pas empêcher les cyclones, il peut mieux s’y préparer. Certes, l’intensité variable de ces phénomènes rend la prévision difficile. Mais des mesures de prévention et d’adaptation sont essentielles. L’on peut prendre comme modèle : des constructions résistantes, une meilleure gestion des eaux, une meilleure planification urbaine et une éducation accrue aux risques climatiques. L’avenir est incertain, mais une chose est sûre: Madagascar doit investir dans sa résilience dès maintenant, car chaque cyclone, quelle que soit son intensité, représente une menace grandissante pour l’île et sa population.
Dossier réalisé par José Belalahy