
L’histoire de Madagascar, avant de s’écrire avec un grand H, s’est d’abord racontée en minuscule. Chaque région possède son propre récit historique : voilà ce qu’on appelle la diversité culturelle. Pourtant, certains hauts dignitaires du pays semblent avoir une étonnante propension à mettre en bleu de travail les différences culturelles — comme si l’uniforme pouvait remplacer l’identité. Une grossière erreur, évidemment.
La Grande île ne se résume pas à la London Missionary Society de David Jones et Thomas Bevan. Elle fut aussi le théâtre de l’occupation des Vazimba, de l’arrivée des Austronésiens, des Africains et des populations islamisées. Ces groupes d’origines diverses s’y sont installés et ont, au fil du temps, bâti une identité commune. Les cultures se sont façonnées selon la géographie des territoires, et, de fil en aiguille, une organisation sociale s’est mise en place pour structurer la communauté. Ces faits historiques sont écrits noir sur blanc dans les manuels scolaires étudiés dès le CM1. Mais, fait étonnant — ou peut-être pas —, nombre de membres des gouvernements successifs semblent avoir sauté ces pages essentielles.
Madagascar est riche de ses cultures. Encore faudrait-il que ses dirigeants s’en rendent compte. Il suffirait pourtant d’observer l’art vestimentaire des différentes régions. Dans les Hautes Terres, où le climat est tempéré, les habitants portent naturellement des tissus épais, tandis que sur le littoral, les vêtements se font plus légers. Même diversité du côté des sonorités : dans le Nord et le Nord-Ouest, la population a hérité de l’antsa, du gomalahy, de tempos plus rythmés, un patrimoine immatériel remarquablement préservé malgré l’évolution des instruments. Empêcher ces compatriotes de composer dans ces styles reviendrait à juguler purement et simplement leur inspiration, voire à brider leur savoir-faire.
Il semble ainsi que les Malgaches assistent à une lente mais sûre centralisation culturelle. Le vako-drazana n’est pas nécessairement tananarivien. Le soatoavina ne devrait pas se conjuguer au singulier. Le kalon’ny fahiny ne se limite pas aux voix d’opéra des années 1940. Le tôkatôka, le manganja, le sôva, le kôrolahy en font également partie, à moins qu’ils aient été oubliés dans un tiroir administratif.
Le septième art malgache, quant à lui, a connu une évolution exponentielle ces cinq dernières années. Les jeunes producteurs ont voulu casser les schémas, car cette discipline, figée depuis trop longtemps, était soigneusement décorée d’hypocrisie sociale. Le cinéma reflète la réalité de la vie quotidienne, non celle d’une bourgeoisie trop occupée à polir son image. Voir deux gangsters de ghetto discourir comme des ministres en plein conseil de gouvernement peut prêter à sourire.
Enfin, en ce qui concerne la musique, chaque chanteur a son public cible, et les clips devraient logiquement correspondre aux textes de l’artiste. Il serait pour le moins cocasse de voir une jeune femme, chaussée de ballerines et vêtue d’une jupe plissée, se promener sur la plage comme si de rien n’était. Mais, après tout, l’absurde semble parfois faire partie du concept.
Iss Heridiny


