
À Abu Dhabi, Michaël Randrianirina a marqué les esprits. Le lundi 14 janvier, lors du Global South Utilities Forum organisé à l’Abu Dhabi National Exhibition Center, le président de la Refondation de la République a prononcé un discours entièrement en langue malgache devant une audience exclusivement étrangère. Selon la Présidence de la République, le chef de l’État y a plaidé pour une « souveraineté énergétique », tout en posant un acte politique fort, notamment celui de l’affirmation linguistique.
Le geste est inédit. Depuis 2009, Michaël Randrianirina est le premier président malgache à s’exprimer officiellement en langue nationale lors d’une rencontre internationale organisée hors du pays. Un choix assumé, revendiqué et lourd de symboles dans un contexte mondial où les questions de souveraineté énergétique, politique et culturelle occupent une place centrale. Sur le fond, le président malgache a défendu la nécessité pour les pays du Sud de maîtriser leurs ressources et leurs politiques énergétiques. La Présidence indique qu’il a plaidé pour une « souveraineté énergétique », thème central de ce forum consacré aux défis des infrastructures et des services publics dans le Sud global.
Mais au-delà du contenu, la forme a retenu toute l’attention. En s’exprimant en malgache, le colonel Michaël Randrianirina a transformé son discours en acte politique. Dans une enceinte internationale où dominent habituellement l’anglais et le français, le choix de la langue nationale tranche nettement avec les usages diplomatiques. Il s’agit d’une rupture avec les pratiques passées. Les prédécesseurs du chef de l’État avaient fait d’autres choix. Andry Rajoelina et Hery Rajaonarimampianina, anciens présidents de la République, tous deux très à l’aise avec la langue de Molière, ont toujours prononcé leurs discours exclusivement en français lors des rencontres internationales auxquelles ils ont participé.
Michaël Randrianirina s’inscrit à contre-courant. Il se démarque en assumant l’usage de sa langue natale à l’échelle internationale, rompant avec une tradition diplomatique héritée de l’histoire coloniale et postcoloniale du pays. Ce choix n’est pas isolé. L’actuel chef de l’État a déjà exprimé à plusieurs reprises sa volonté de promouvoir la langue malgache. Les ministres ont déjà reçu des consignes claires pour utiliser la langue malgache dans le cadre des communications officielles. À Abu Dhabi, cette volonté s’est matérialisée devant des partenaires étrangers, dans un cadre multilatéral de haut niveau. Pour le pouvoir, la langue devient ainsi une autre dimension de la souveraineté affichée, au même titre que l’énergie ou les choix stratégiques de développement.
Rija R.


