16 véhicules de luxe offerts par la Chine attendent toujours leurs affectations officielles. Symboles d’un partenariat diplomatique, ces berlines Hongqi H9 2.0T, destinées aux chefs d’État invités au 45ᵉ sommet de la SADC en août 2025, posent désormais une question centrale : comment l’État gère-t-il ces patrimoines publics d’une valeur importante dans un contexte de changement de régime et d’exigence accrue de transparence ? Le don est conséquent. D’un coût unitaire estimé à 35 800 dollars américains, ces 16 véhicules représentent un appui financier total de 572 800 dollars, soit environ 2,5 milliards d’ariary. La réception officielle a eu lieu le 16 juillet 2025 au Palais d’État d’Iavoloha, quelques semaines avant la tenue du sommet régional. À l’époque, l’objectif était clair : assurer le protocole et la logistique des délégations étrangères avec des véhicules haut de gamme.
Depuis, le décor a changé. Le sommet est passé. Le régime aussi. Et les Hongqi H9 restent immobilisées. Aucune communication officielle n’a encore précisé leur nouvelle affectation. Dans le même temps, les hautes personnalités de l’État, notamment les présidents d’institutions et les ministres, continuent de circuler à bord d’autres marques, principalement japonaises ou allemandes. Pourtant, il y a quelques semaines, deux Hongqi H9, sans plaque d’immatriculation, ont été aperçues en centre-ville, du côté d’Antanimena, conduites par des personnes en tenue civile. Sorties techniques pour entretien de routine ? Missions spécifiques ? Essais mécaniques ? Le silence officiel laisse place aux spéculations.
La question n’est pas celle du luxe, mais celle de la règle. Ces véhicules appartiennent à l’État. Leur usage devrait alors être encadré, traçable et justifié. À défaut, le risque est double : une opacité préjudiciable à la crédibilité du nouveau pouvoir, qui prône la refondation, et une résurgence de pratiques que l’opinion publique n’a pas oubliées. Le précédent de 2009 reste dans toutes les mémoires. Après la chute de Marc Ravalomanana, des véhicules neufs de marques Ford et Toyota, importés par l’État pour un sommet de l’Union africaine qui devait se tenir dans le pays, avaient été réaffectés par le régime de transition d’Andry Rajoelina. Des officiels, mais aussi des particuliers, en avaient bénéficié. Une page sombre de la gestion du patrimoine étatique, souvent citée comme un cas d’école de dérive post-crise. Le régime de Hery Rajaonarimampianina, quant à lui, s’est abstenu de faire la lumière sur la gestion de ces véhicules.
Rija R.


