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lundi, janvier 19, 2026
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Expression : Le morbide en ligne

À Madagascar, les réseaux sociaux se sont mués en vastes arènes de débats stériles où l’on disserte abondamment pour ne surtout rien faire. On parle, on s’indigne, on s’invective, mais l’action, elle, demeure portée disparue. Hormis l’inusable revendication, lancée à la hâte, d’un fédéralisme aussi mal défini que miraculeux, les échanges virulents dominent désormais Facebook, tandis que la crise, elle, poursuit tranquillement son œuvre de sape au cœur d’une société désorientée.

D’un côté, certains compatriotes se livrent à une exhibition obscène de liasses de billets, soigneusement étalées sur la table comme on exhibe une victoire. Une culture importée – mimétique de l’American way of life – nourrie aux clips de rappeurs états-uniens, Rick Ross en tête, dans laquelle les pseudo-boss locaux semblent avoir oublié une réalité moins glamour : l’insuffisance pondérale, tant du cheptel que des êtres humains, dans la Grande île.

De l’autre, des vidéos mettant en scène des femmes étrangères revendiquant sans complexe leur matérialisme ont contribué à façonner l’imaginaire de certaines jeunes Malgaches. Ainsi, l’une d’entre elles, mannequin à la carrière avortée, s’est illustrée par une prise de position qui a fait vaciller quelques cœurs sensibles. Elle aurait, dit-on, réveillé les consciences longtemps assoupies de ses sœurettes coiffées de baby hair. Pendant ce temps, de jeunes époux, gagnés par la panique, redoutent de voir leurs conjointes déserter le foyer à la recherche de généreux sugar daddies. Résultat prévisible : une pluie de discours misogynes s’abat sur les fils d’actualité.

Dans ce tumulte, un étudiant en droit et en science politique, Sullivan Maro, livre une analyse plus posée : « En examinant attentivement non seulement le discours, mais également le profil de l’auteure de la vidéo, nous sommes face à un archétype occidental qui valorise le droit des femmes, l’égalité des sexes, l’importance du travail et du salaire. Pour un public occidental, ce discours paraît parfaitement normal. Ce qui n’est pas le cas ici, car le message s’adresse à un vaste public malgache, marqué par une réalité et une culture fondamentalement différentes. Il s’agit donc d’un choc culturel : la rencontre brutale de deux systèmes de valeurs souvent opposés, à l’origine du buzz et des désaccords qui s’ensuivent. Lorsque les valeurs s’entrechoquent, le jugement devrait céder la place à la compréhension, à la tolérance et au respect mutuel », reste à savoir s’il s’agit d’une diversion savamment entretenue ou simplement d’un buzz opportun pour inaugurer l’année 2026. Pendant ce temps, les observateurs ont presque totalement oublié le déplacement du président de la Refondation de la République de Madagascar à Abou Dhabi. Les publications consacrées au sort réel du pays suscitent à peine quelques réactions éparses. On parle peu de la révision constitutionnelle, de la réforme politique ou des solutions durables à la crise cyclique. La culture, quant à elle, semble reléguée au second plan, alors même que la Journée internationale du Kabary a été célébrée, dans une discrétion quasi monastique, le jeudi 15 janvier.

Iss Heridiny

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