
Le lancement officiel des Assises pour la relance économique a marqué l’ouverture d’un chantier national qui veut rompre avec les diagnostics sans lendemain. Les très petites entreprises et l’informel doivent aussi grandir, selon le ministre Dr Herinjatovo Ramiarison.
Enclencher une dynamique de production, d’investissement et d’emplois, et doter Madagascar d’un Plan national de relance adossé à des engagements réciproques entre l’État et le secteur privé, avec un mécanisme de suivi public. Tels sont les principaux objectifs de l’initiative du MEF (Ministère de l’Économie et des Finances) dans l’organisation des Assises pour la relance économique, lancées officiellement hier au Centre de conférences internationales d’Ivato (CCI). Dans un contexte où la croissance moyenne des cinq dernières années tourne autour de 4,3% – un rythme jugé insuffisant pour absorber la pression démographique et répondre à l’exigence d’inclusion –, le Gouvernement de la Refondation choisit la méthode des Assises : élargir la table, mais surtout cadrer des décisions. « Nous ne voulons pas des Assises de discours. Nous voulons des Assises de décisions et de plan de mise en œuvre », a martelé le président de la Refondation, le colonel Michaël Randrianirina, en fixant la ligne directrice : engagements concrets, calendrier, indicateurs et redevabilité.
Productivité
Le diagnostic, lui, est sans complaisance. Le pays progresse, mais trop lentement. La croissance a été de 3,5 % l’an dernier, alors que la population augmente d’environ 3 % par an, accentuant mécaniquement la pression sur l’emploi, le pouvoir d’achat et la production. Pour les autorités, l’enjeu est de « passer d’une économie de survie à une économie de production », en s’attaquant aux coûts et aux blocages qui pèsent sur l’activité, comme ceux liés à l’énergie, aux infrastructures, à l’accès au financement, aux lourdeurs administratives et à la stabilité des règles. Au cœur de la démarche, un mot revient comme un fil rouge : productivité. Le Premier ministre a posé le constat d’une productivité nationale très en deçà des standards régionaux, tout en rappelant les atouts structurels du pays : population jeune, potentiel agricole considérable, ressources naturelles, position géographique, main-d’œuvre compétitive et cadre juridique sectoriel déjà existant. Mais ces forces cohabitent avec des fragilités massives : pauvreté élevée, informalité dominante, faible accès à l’eau et à l’électricité, insuffisances d’infrastructures, vulnérabilité climatique et défis de gouvernance.
Confiance. Sur le plan opérationnel, les Assises s’inscrivent dans un processus engagé depuis décembre 2025 et coordonné par le ministère de l’Économie et des Finances, en collaboration avec le ministère de l’Industrialisation et du Développement du Secteur privé, avec l’appui des partenaires. Pour le MEF, l’objectif est de restaurer la confiance et de relancer l’investissement productif à court terme, puis de poser des bases plus stables d’un développement inclusif à moyen terme. Bref, la promesse centrale est celle d’un « contrat économique » refondé. Selon la présentation du ministre de l’Économie et des Finances, Dr Herinjatovo Ramiarison, l’issue attendue est un paquet complet comprenant un Plan national de relance et un plan d’actions pour la compétitivité, un contrat de performance État-secteur privé « clair et mesurable », et un dispositif de pilotage capable de suivre les réformes, les indicateurs et les engagements réciproques. Le modus operandi revendiqué se veut pragmatique, agile, orienté résultats et impacts. Dans le contenu, les priorités sectorielles mises en avant ciblent des moteurs de création de valeur et d’emplois. Les initiateurs des Assises ont cité l’agribusiness, le textile, le tourisme et les TIC, sans évacuer les prérequis transversaux que sont l’énergie, les infrastructures et le capital humain.
Engagements. Pour le gouvernement, la relance passe aussi par un changement de paradigme : quitter les logiques de rente au profit d’une concurrence saine, réduire la dépendance aux importations en développant l’industrialisation et les exportations, et mieux habiliter les structures publiques dans les territoires afin de résoudre localement les blocages des PME et TPME. Par ailleurs, la suite est déjà balisée. Après le lancement, des consultations régionales doivent recueillir les contributions locales et sectorielles, avant une phase de dialogues public-privé et d’arbitrages techniques. Le calendrier indicatif prévoit des Assises régionales mi-février 2026, des séquences de dialogue fin février, puis une consolidation technique début mars, pour aboutir à un Pacte national de relance économique dans un futur proche. L’enjeu sera alors la crédibilité du « après » : tenir le cap des décisions et rendre visibles les effets sur l’investissement, l’emploi et la compétitivité.
Antsa R.


