
Le torchon brûle partout dans le pays. Dans tous les domaines, ça flambe, ça crame, ça sent la cendre. C’est peut-être cela, au fond, la fameuse refondation. À l’image de la culture sur brûlis : on réduit tout en cendres dans l’espoir d’en faire un engrais naturel.
Mais les choses se compliquent. Même le Président de la Refondation de la République de Madagascar l’a évoqué à demi-mot lors de son passage à la SECREN de Diego-Suarez, le 7 janvier dernier : « Mes cheveux commencent à blanchir en réfléchissant à ce que je dois faire pour ce pays. Tout le monde veut une réponse satisfaisante… », a-t-il déclaré, le sourire résilient. L’ancienne administration a-t-elle mal géré ? Bien évidemment, répondent les opposants d’hier. Dans ce cas, le nouveau gouvernement ne sait plus sur quel pied danser — ou pire, il marche sur des œufs… nauséabonds.
La vie est plus rude de jour en jour, bien que des efforts aient été déployés par l’État. D’un côté, les Malgaches connectés, ceux qui peuvent s’offrir des forfaits téléphoniques, se plaignent à longueur de publications sur les réseaux sociaux. De l’autre, les dadilahy, ces campagnards de 70 ans, s’inquiètent pour leur rizière, privée d’eau faute de pluie. Pendant ce temps, les directeurs régionaux et les hauts fonctionnaires ne dorment plus — surtout le jeudi soir —, se demandant s’ils seront destitués au petit matin. L’expression « fanendrena mpiasam-panjakana ambony » les hante. Comme dans le jeu télévisé « Questions pour un champion », ils attendent de savoir qui restera pour tenter la cagnotte… et qui repartira avec une maigre consolation.
L’heure est grave : la « purification administrative » a commencé dès le deuxième Conseil des ministres. Pourtant, le feu du tavy (culture sur brûlis) épargne toujours quelques herbes. Celles-là savent s’adapter à des flammes atteignant entre 600 et 1 000°C. Un phénomène si impressionnant que les évincés du pouvoir se demandent encore : « Mais comment font-ils ? » Oui, certains dinosaures ont disparu à la suite de catastrophes naturelles violentes. D’autres, en revanche, ont su s’adapter aux aléas de la nature — grâce, sans doute, à une excellente « prévision météorologique ». On retrouve aujourd’hui ces Avialae un peu partout, tous plans confondus, membres assumés de la grande famille d’Untel. Irrésistibles, ils ont fait des départements ministériels leur empire. Le comble ? Ils jouent les pyromanes. Ils brûlent les carrières de ceux qui entravent leur système. Bien entendu, Madagascar ressemble à une mosaïque de petits royaumes. Et pendant ce temps, les fils du bas peuple, ceux qui se sont acharnés à poursuivre des études supérieures, qui ont persévéré, deviennent, en fin de compte, de simples auxiliaires de ces nobles modernes. Le schéma est le même depuis près d’un siècle.
Iss Heridiny


