Prenons l’exemple du graphite. Avant, quand on parlait de graphite, on pensait seulement à la mine de crayon. Les moins jeunes se souviennent encore que les maîtres d’école rabâchaient que le sous-sol malgache regorgeait de grandes variétés de richesses mais qu’elles étaient en trop petites quantités pour être exploitables. Et l’on vendait sur les marchés de souvenirs de petits écrins avec, à l’intérieur, la carte de l’île floquée de petites pierres brillantes. Tant et si bien que, même devenus adultes, l’on a toujours en tête que Madagascar n’est qu’une terre d’échantillons. Aujourd’hui seulement, peut-être que l’impérialisme culturel ancré dans nos têtes commence à se dissiper, mais surtout, avec l’afflux de grandes compagnies minières mues par la recherche desdites terres rares dont on a besoin avec la transition énergétique et technologique, nous sommes conscients de la réalité. Notre sous-sol renferme des ressources inestimables.
Le lithium, tout le monde le sait, on en a besoin dans les batteries des voitures électriques, enjeux économiques pas de demain, mais de maintenant, et bien sachez que le graphite a plus de valeur que le lithium : « L’utilisation du graphite dans les batteries a augmenté depuis les années 1970. Le graphite naturel et synthétique est utilisé comme matériau d’anode pour construire des électrodes dans les principales technologies de batteries de véhicules électriques.» Cette croissance était notamment due à l’essor de l’électronique portable, comme les lecteurs CD portables et les outils électriques. Les ordinateurs portables, les téléphones mobiles, les tablettes et les smartphones ont également contribué à la hausse de cette demande. Mais ce n’est pas tout : « Certains composés d’intercalation du graphite sont supraconducteurs. La température de transition la plus élevée (en juin 2009), T <sub>c</sub> = 11,5 K, est atteinte dans CaC, et elle augmente encore sous pression (15,1 K à 8 GPa). [68] La capacité du graphite à intercaler les ions lithium sans dommage significatif dû au gonflement en fait le matériau d’anode dominant dans les batteries lithium-ion. » C’est dire que la demande est encore inestimable. Sa hausse est estimée de l’ordre de 250% entre 2023 et 2030. La Chine domine à la fois la production (plus de 77% en 2023) et la consommation pour un marché de l’ordre de 15,77 milliards de US$ en 2023.
Madagascar détiendrait 8% des réserves mondiales de graphite, estimées à environ 26 millions de tonnes, et selon les estimations, notre production annuelle serait d’environ 150 000 t. Deuxième exportateur africain, en passe de devenir le premier si l’on double le Mozambique. La place de la vanille sera bientôt détrônée. Avec une fourchette de prix de 400 $ à 1 000 $ la tonne selon sa pureté (et le nôtre est, paraît-il, l’un des plus purs), on vous laisse le soin de calculer la rentrée attendue de devises.
M.Ranarivao


