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vendredi, janvier 30, 2026
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Célébration : Siméon Rajaona, le père de la « malgachitude »

Madagascar célèbre cette année le centenaire de Siméon Rajaona, monument de la pensée postcoloniale et pionnier de la linguistique malgache. Au-delà des hommages, son héritage rappelle son combat pour une « malgachisation » authentique, libérée du simple calque français. Un programme riche en événements jusqu’en février 2027 vient honorer celui qui a théorisé l’identité nationale par le prisme de la langue et de la littérature.

En 1972, Madagascar bascule dans une crise politico-identitaire, fruit d’un colonialisme latent avec, en interface, les coopérants français et, parfois, les hommes d’Église. La fameuse « malgachisation » est le ferment d’un mouvement populaire, estudiantin au début, national vers son aboutissement. Siméon Régis Rajaona (1926-2013) tient la barre du département de Langue et Lettres malgaches. Ce n’est pas la première fois qu’à travers sa jeunesse, Madagascar s’insurge contre un système « colonial ». La France voulait, en quelque sorte, brider l’intelligentsia malgache. « Je me souviens des mots de mon père à la maison, qu’il n’était pas d’accord avec la forme de ‘‘malgachisation’’ prônée », fait savoir Thierry Rajaona, fils de Siméon Rajaona. Pour faire simple, celui-ci y voyait une façon seulement de traduire la vision, les idées, les approches… françaises en malgache. Un coup bas de la France, qui a réussi à s’immiscer dans l’euphorie de « mai 72 ». Raymond Ranjeva rapporte un exemple : « Les Rajemisa, Rajaona, Ravaojanahary ont réprouvé qu’il fallait obtenir le certificat d’étude française pour pouvoir obtenir la licence en étude malgache ». Pour ces immenses intellectuels, le passage obligé de la « malgachisation » est, entre autres, l’émancipation intellectuelle, l’affirmation de sa langue et des idées mûries dans cette langue. Bref, être « Malgache ». Pas de raccourci par simple traduction. « Les Malgaches possèdent une littérature, ce qu’il a démontré à travers son ouvrage Takelaka Notsongaina », souligne Sylvie Rakotoalison, vice-doyen de la faculté des Lettres et Sciences humaines (FLSH) de l’université de Tananarive. Qui dit littérature dit vision du monde, dit identité propre. « Les Français nous avaient toujours dit que les Malgaches n’ont pas de littérature », rappelle Raymond Ranjeva. Premier Malgache docteur d’État ès lettres, marchant dans les pas de Léopold Sédar Senghor — chantre de la « négritude » —, Siméon Rajaona a jeté, sans le nommer, les bases d’une « malgachitude » postcoloniale. Cette année, à partir du 18 février, sera célébré le centenaire de l’un des plus grands intellectuels malgaches et d’Afrique, Siméon Rajaona. Les célébrations s’étalent sur une année. Un concours de création littéraire sera organisé le 18 février à la porte 120 de la FLSH, suivi d’une messe à l’église catholique d’Ankadivato le 28 février. Le programme comprend également la muséalisation de sa résidence à Antsahabe. L’inauguration de la rue à son nom à l’université de Tananarive. Une concertation nationale sur les enjeux de la langue, la littérature malgache et la recherche scientifique sera organisée les 26 et 27 mars. Un programme riche proposé par le comité d’organisation, rassemblant plusieurs intellectuels : Raymond Ranjeva, Thierry et Eric Rajaona, fils de Siméon Rajaona, Daniel Rajoelison, Joro Ranaivoarison, Norohanitra Razafimamonjy, Roland Rakotovao, Rolande Ramasomanana, Sylvie Rakotoalison et Zo Rasendra.

Maminirina Rado

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