
Le pays est désormais sous le radar permanent des instances internationales. Depuis le 12 octobre 2025, la Grande Île est devenue un point focal de l’agenda diplomatique continental.
Madagascar continue d’attirer l’attention. Voire, elle est placée sous observation rapprochée de la communauté internationale. Le changement de régime intervenu en octobre, marqué par la chute du pouvoir d’Andry Rajoelina et l’arrivée des militaires à la tête de l’État, a déclenché une mobilisation internationale structurée, progressive et méthodique. Antananarivo est devenue un centre de gravité diplomatique, un laboratoire de gestion de crise politique, un dossier stratégique suivi à la loupe par les grandes organisations internationales. Les projecteurs se sont braqués sur Madagascar bien avant la rupture institutionnelle. Depuis la fin septembre, les signaux d’instabilité ont attiré l’attention des grandes capitales étrangères et des organisations multilatérales. Mais le basculement d’octobre a tout accéléré. L’arrivée des militaires au sommet de l’État a transformé la crise politique en enjeu régional, puis continental.
Les délégations se succèdent, les consultations s’élargissent, les canaux diplomatiques se multiplient. En première ligne, la SADC. Une mission de haut niveau, conduite par l’ancienne présidente du Malawi, Joyce Banda, séjourne à Madagascar depuis le début de la semaine. La tonalité est claire et la méthode est rodée, où écoute, dialogue, collecte d’informations, cartographie des acteurs et évaluation politique se conjuguent. « Nous sommes ici pour écouter toutes les parties prenantes et les acteurs politiques », répète Joyce Banda, dans une posture de médiation régionale assumée. Sur le terrain, la mission enchaîne les rencontres stratégiques. Elle a été reçue, hier, au palais de Tsimbazaza, par le président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko. Mardi dernier, elle a également rencontré l’ancien président Marc Ravalomanana, à son domicile à Faravohitra. Une diplomatie de l’équilibre, qui évite l’alignement et privilégie la pluralité des voix.
Stratégique
Mais cette mission n’est que la partie visible d’une mécanique diplomatique déjà enclenchée depuis plusieurs semaines. En amont, le secrétaire permanent de la SADC, Elias Magosi, avait effectué, la semaine dernière, une visite officielle à Antananarivo, au cours de laquelle il avait rencontré le président de la Refondation de la République, Michaël Randrianirina. Le week-end précédent, ce dernier avait été reçu à Pretoria, le 16 janvier, par le président de la SADC, Cyril Ramaphosa. Une séquence diplomatique qui montre que le dossier malgache est traité au sommet des instances régionales. Madagascar n’est plus un simple sujet de suivi, c’est un dossier stratégique inscrit dans l’agenda politique de la SADC.
Parallèlement, l’Union africaine a, elle aussi, activé ses leviers. Une délégation, conduite par le Djiboutien Mohamed Idriss Farah, a débarqué dans la capitale et mènera sa mission jusqu’au lundi 2 février. Les émissaires d’Addis-Abeba ont déjà été reçus par la ministre des Affaires étrangères, Christine Razanamahasoa, à Anosy, avant de rencontrer l’ancien président Marc Ravalomanana au bureau de représentation de l’Union africaine, à Ankorondrano. L’enjeu dépasse la simple mission de terrain. Les appréciations de cette délégation détermineront directement la position officielle de l’Union africaine vis-à-vis du nouveau régime. Selon des sources concordantes, le rapport issu de cette mission sera transmis aux instances dirigeantes de l’organisation, et la situation de Madagascar sera formellement abordée lors du 39ᵉ sommet de l’Union africaine, prévu en février.
Sur le plan diplomatique local, la surveillance est aussi permanente. Les représentations internationales à Antananarivo sont pleinement mobilisées. À la délégation de l’Union européenne, les échanges se multiplient avec l’ensemble des acteurs du champ politique et social. Gouvernants, partis politiques, société civile, mouvements citoyens, jeunesse et Gen Z sont intégrés dans des cycles de discussions structurés, nous a confié une source diplomatique. Même dynamique au niveau des Nations unies, où des réunions de travail régulières réunissent responsables gouvernementaux, acteurs politiques, organisations de la société civile et jeunesse, dans une logique clairement assumée de gestion de la sortie de crise. L’Organisation internationale de la Francophonie n’est pas en reste. Une délégation a été dépêchée la semaine dernière à Antananarivo pour évaluer la situation politique du pays, dans une approche classique de diagnostic institutionnel.
Rija R.


