Les états-majors politiques sont divisés par rapport au projet de Feuille de route attendu par la SADC.
La politique change de terrain et quitte la bataille des slogans au profit des résultats. Au risque de déranger une partie de la classe politique face à un pouvoir qui affiche des indicateurs. Du moins dans certains domaines. Depuis sa mise en place, les nouveaux tenants du pouvoir entendent donner l’image d’un État qui reprend la main sur l’essentiel, en multipliant les signaux de performance, la capacité de mobilisation des partenaires, la reprise de dossiers bloqués et l’accélération des annonces orientées vers la production, l’emploi et les infrastructures. Cette dynamique ne se veut pas seulement un argument de communication, mais vise à créer un effet politique concret. Réduisant, du coup, l’espace des « professionnels de la transition » qui prospèrent dans l’entre-deux.
Centre de gravité. Un pouvoir qui montre des résultats déplace le centre de gravité. Obligeant chaque acteur à se positionner sur des réalisations, des chiffres et des échéances. Or une partie des politiciens vit moins de bilan que de turbulence. Ils risquent de ne pas gagner les élections, mais aussi, et surtout, de perdre la capacité d’imposer leur tempo, de dicter leur agenda. Bref, de se montrer incontournables. Redoutant, au fond, une normalisation de l’action publique où un responsable est jugé, non pas sur son talent de polémiste, mais sur sa capacité à produire des résultats.
Indicateurs de confiance. Le second point qui dérange, c’est la confiance des partenaires extérieurs. Des représentants de plusieurs pays et organisations multiplient les échanges, marquant leur volonté de travailler avec Madagascar. Dans le langage international, la fréquence des rencontres de haut niveau, la tonalité des communiqués, la capacité à débloquer des dossiers sont des indicateurs de confiance. Les partenaires ne misent pas sur des slogans. Ils investissent dans la prévisibilité et veulent un État capable de planifier, d’exécuter, de rendre compte.
Ponts stratégiques. Sur les infrastructures, l’annonce du démarrage prochain des travaux de ponts stratégiques comme Mahavavy et Ifasy, avec un financement total annoncé de 61 millions de dollars, illustre la même tendance. Un investissement qui concerne au plus haut point la circulation des biens et des personnes, la continuité territoriale, les coûts logistiques, donc la compétitivité. À cela s’ajoute un autre signal déterminant : des financements annoncés comme bloqués depuis plusieurs mois auraient été débloqués en un délai court.
Compromis stériles. Dans ce contexte, la perspective d’une transition prolongée est présentée comme un risque majeur. Non seulement parce qu’elle ralentirait l’action, mais parce qu’elle renverrait le pays à une mécanique connue : négociations, « ady seza », dépenses de fonctionnement, arbitrages politiciens, au détriment de l’investissement productif. Une transition longue coûte cher, notamment en termes d’opportunités et de projets. Si le débat démocratique est tout à fait légitime, le pays ne peut plus se permettre que la politique devienne un frein à la production. Il ne s’agit pas de sanctuariser un régime, mais de préserver une dynamique qui attire les partenaires, accélère les programmes et oblige le système à se réformer par les résultats. La performance constitue une menace pour certains acteurs politiques qui vivent de l’instabilité. Elle réduit l’espace des compromis stériles et impose de nouvelles règles du jeu.
R.O


