
Réuni à l’Espace MG d’Ambohimangakely pour souffler les 73 bougies de Bekoto, le public et plusieurs artistes ont vibré au rythme d’une œuvre où l’engagement social rencontre la spiritualité malgache. À travers ses titres emblématiques, il réaffirme la dignité des opprimés tout en appelant à l’unité face aux épreuves du temps.
En juin 2007, Bekoto expliquait au 28 boulevard des Capucines, dans le 9e arrondissement de Paris : « On ne naît pas délinquant », avant d’entonner, devant un public survolté, sa chanson signature « Lendrema ». Voilà le Bekoto du groupe Mahaleo, qui a fêté ses 73 ans hier à l’Espace MG Ambohimangakely By Pass. Son ancrage a toujours été le peuple, que ce soit du côté « latérite », celui muni de bêche et de résilience, ou du côté obscur, tel le délinquant Lendrema, un « fils de chien et d’esclave ». Et au milieu coule une poésie lyrique, frôlant le mystique et surtout vivante. De ces trois titres se dresse une esquisse de la poésie de Bekoto, une partie inséparable de Mahaleo.
1. Lendrema : la saudade malgache. Les accès de haine se font par à-coups. Insaisissables mais dévastateurs. Comme en miroir, cette chanson, « Lendrema », évolue par vagues, par répétitions hypnotiques, tel un appel aux esprits dans une séance de transe, « bilo », « tromba », etc. Entre catharsis sociale et incantation universelle, ce titre restera à jamais le fait « Bekoto » dans le mythe Mahaleo. De la naissance de « Lendrema », jusqu’à l’asile des fous d’Anjanamasina, pour finir dans son sépulcre. Bekoto décrit, sans être moraliste, à travers le parcours infernal du héros maudit de cette chanson, une société dure, où les parias n’ont d’autres scénarios à vivre que la peur et les moqueries. Et au final, il restera toujours un fils aimé qui manquera à ses « père et mère, grand frère et petit frère ». En somme, personne ne naît délinquant dès la sortie du ventre de sa mère.
2. Ferapara : la pulsation ternaire. « Mahita lolopaty mainty be ao ambany fandriana/lolopaty mainty be tsy matahotra olona », traduira qui pourra. En fait, cet innocent papillon cité par Bekoto dans son titre « Ferapara » est de l’espèce chrysiridia rhipheus. Dans la croyance populaire malgache, cette petite bestiole sombre est un messager de l’au-delà. L’auteur-compositeur en fait le symbole du climax de cette chanson, avec la mort en décor. Celle-ci s’imposerait presque aux vivants par les sens. « Fera para misy fofona hafahafa », « lolopaty mainty be », … D’un coup, « Ferapara » est un vibrant témoignage social et de la condition humaine. De plus, la fragilité sincère de la voix de Bekoto s’accole si bien à la mélancolie du morceau. Malgré cette plainte en chanson, en fait, la mort n’a peur de personne, ni des enfants ni des pères : « lolopaty mainty be tsy matahotra olona ».
3. Kurde : praxis folk-rock. Bekoto, ce n’est pas toujours cette tonalité crépusculaire. C’est une poésie viscérale couvrant, par humanité, le réalisme cru. Sa jeunesse, il l’a vécue pleinement ; le groupe Mahaleo avait une moyenne d’âge de 20 ans en « mai 72 ». Des espoirs et des « rêves », ou « revy », est alors née la chanson « Kurde » : l’appel intemporel au ralliement et au courage. Le chanteur apostrophe, avec une sorte de prémonition, que l’administration, sans doute malgache, a toujours été violente. Dès lors, le rassemblement dans une cohésion inébranlable est nécessaire. « Ny herisetra aleo ho avy/fa hiparitaka anaty aizina », traduira qui pourra. Dans ce morceau, cette partie semble rappeler que toute lutte légitime aura en face d’elle la violence des tyrans, le « fanjakana loham-boto ». C’est Bekoto qui le chante, en attendant : « aza misarà mianakavy sy mitokatoka-monina ».
Maminirina Rado


