- Publicité -
jeudi, février 12, 2026
AccueilDossiersDidier Ratsiraka : La révolution promise, l’autorité exercée

Didier Ratsiraka : La révolution promise, l’autorité exercée

Plus de trois décennies après la fin de la Deuxième République, les quatorze années de règne de Didier Ignace Ratsiraka continuent de diviser historiens et observateurs. Orientation assumée vers le bloc de l’Est, malgachisation de l’administration et des identités, nationalisation des entreprises : autant de choix structurants qui se voulaient fondateurs d’un ordre nouveau, mais dont l’héritage demeure profondément ambivalent. Le Chef suprême de la Révolution affirmait alors vouloir rompre avec la Première République afin de répondre aux aspirations de la jeunesse mobilisée lors des événements de 1972. Cette promesse de rupture, brandie comme un acte fondateur, mérite toutefois d’être confrontée aux pratiques politiques concrètes qui se sont imposées par la suite.

L’État fort ou le pluralisme confisqué : Pour les partisans du régime, la Deuxième République visait avant tout la consolidation de l’autorité étatique, perçue comme une condition nécessaire à l’émancipation nationale. Pourtant, le regroupement des partis politiques au sein d’une plateforme unique réduisit considérablement l’espace du débat contradictoire. Cette configuration, proche de l’unipartisme, s’inscrivait dans une dynamique largement répandue sur le continent africain entre les années 1970 et 1990. Nombre de régimes se réclamaient alors de la démocratie tout en en neutralisant les mécanismes essentiels. Madagascar ne fit pas exception. Didier Ratsiraka se présenta même comme le père de la démocratie, une affirmation difficilement soutenable au regard d’une presse étroitement surveillée et d’un espace public sévèrement balisé.

Quand le silence se fissure : la chute du tolom-piavotana (Révolution)

Il fallut attendre l’effondrement du tolom-piavotana, au début des années 1990, pour que s’expriment pleinement des voix longtemps étouffées. Opposants discrets mais persistants, acteurs marginalisés du champ politique, observateurs désabusés : tous contribuèrent à dévoiler les rouages d’un système marqué par l’opacité. Corruption, népotisme et clientélisme apparurent alors non plus comme des dérives ponctuelles, mais comme des pratiques ordinaires de gouvernance. À tel point que certains parlèrent, non sans amertume, d’un véritable « sport national ».

Antsiranana : une ville cosmopolite face à l’État idéologue

Dans ce paysage politique verrouillé, Antsiranana s’imposa comme un espace singulier. Carrefour historique d’idéologies, de circulations humaines et de trajectoires migratoires, la ville fut longtemps un laboratoire de pluralité culturelle. Cependant, la gouvernance exercée d’une main de fer contraignit une grande partie de la jeunesse locale au silence. Parmi les mesures les plus contestées figurait l’exigence de la malgachisation des noms, vécue comme une violence symbolique par une population déjà marginalisée. Faut-il rappeler qu’Antsiranana incarne, depuis sa fondation, une mosaïque de nationalités et de cultures ?

La malgachisation des noms : l’identité administrée

Cosmopolite par essence, la ville de Varatraza fut confrontée à de sérieuses difficultés lorsque ses habitants, porteurs de noms d’origine arabe ou française, entreprirent des démarches pour obtenir la nationalité malgache. L’administration, peu attentive à l’histoire locale, imposa une lecture rigide de l’identité nationale : le nom de famille devait impérativement commencer par le préfixe Ra. Dès lors, les Mohamed, les Issouf ou encore les Lebon se heurtèrent à des obstacles administratifs parfois insurmontables. Comme si l’histoire plurielle d’Antsiranana pouvait être corrigée, voire effacée, par une injonction bureaucratique.

Former les élites de demain : le pari de l’Est

Parallèlement, l’ascension des élites côtières constituait un objectif politique clairement assumé par le régime. Des étudiants furent soutenus afin de poursuivre leur formation à l’étranger. Cette fois, cependant, la France ne figurait plus parmi les destinations privilégiées. Dans le sillage du réalignement géopolitique de Madagascar, des contingents de jeunes furent orientés vers les universités de l’espace soviétique. Bucarest, Budapest, Bakou, Moscou ou Kiev accueillirent ainsi ceux que l’on présentait comme les futures élites intellectuelles du pays, notamment originaires du Nord. Ces étudiants ne relevaient pas du hasard. Les patronymes débutant par Ra, ainsi que certains homonymes d’origine arabe ayant su justifier une filiation malgache reconnue, dominaient largement ces cohortes. Beaucoup étaient également issus de réseaux familiaux bien établis, aspirant à intégrer — ou à consolider — leur place au sein d’une bourgeoisie nationale en gestation. Initialement formées dans le moule scolaire français, ces élites furent ainsi réorientées vers un nouvel espace idéologique, au moment même où Madagascar adoptait avec empressement une option socialiste. L’apprentissage de la langue russe et l’imprégnation de la culture soviétique devinrent des marqueurs de distinction.

Les « Sov » : élites fabriquées, fidélité attendue

Les diplômés issus de ce parcours, communément appelés les Sov, affichèrent une fidélité sans ambiguïté au régime de Didier Ratsiraka. Cette loyauté semblait aller de soi, tant elle s’inscrivait dans la continuité logique de leur trajectoire institutionnelle. Ce métissage culturel, présenté comme un atout stratégique, contribua à façonner une génération de cadres dont l’ascension était indissociable du système qui les avait produits.ss

Iss Heridiny

- Publicité -
- Publicité -
- Publicité -
Suivez nous
419,278FansJ'aime
14,461SuiveursSuivre
5,417SuiveursSuivre
1,920AbonnésS'abonner

S'abonner à notre newsletter

Articles qui pourraient vous intéresser

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

S'abonner à notre newsletter