
Le peuple devient féroce. Chaque injustice, réelle ou perçue, se transforme en déferlement de colère contre ceux qu’on croit responsables. Et ça fait peur. Certes, le régime a changé, mais la confiance dans les institutions est loin d’être instaurée. Méfiance envers le gouvernement, suspicion envers les juges… tout cela se nourrit d’un quotidien marqué par l’insécurité : cambriolages, meurtres, violences. Pour beaucoup, survivre rime avec se défendre soi-même.
#Antsirabe : la loi du talion en action. Après la mort tragique d’une femme enceinte, la colère a trouvé un exutoire dramatique. Trois hommes ont péri dans un incendie, allumé, selon les premières informations, par une proche de la victime. Sur les lieux, les forces de l’ordre ont tenté leur rôle habituel : appeler au calme et rappeler que la justice ne se rend pas à coups de feu ni de flammes. Mais face à une foule nombreuse et déterminée, l’autorité a vite montré ses limites. Les menaces d’incendier la brigade de gendarmerie ont suffi à convaincre les agents qu’il valait mieux se retirer. Le calme est revenu, mais l’irréparable était fait.
#District Diego II : la justice semble impuissante. Dans un autre épisode, un homme accusé d’avoir étranglé une mère de famille à la suite d’un différend a été présenté au tribunal le 6 février 2026. L’incident remonte au 29 janvier. Craignant les représailles de la population, le meurtrier s’était rendu aux forces de l’ordre. Mais la justice peine à convaincre : ici encore, la colère populaire gronde là où l’État tarde ou hésite.
#Tsarahonenana Betainomby : la nuit et la foule. Vers 21 h, un homme soupçonné de cambriolage est surpris dans la cour d’une maison. Avant même de comprendre le danger, la foule locale s’en est chargée. Après une course-poursuite digne d’un film, le suspect a été attrapé… et la justice populaire a fait son œuvre… Ces trois exemples ne sont qu’un aperçu de la situation dans le pays. Pour beaucoup de citoyens, la justice est devenue le fief de la corruption, lente et impuissante.
#La voix de la loi. Face à cette violence débridée, le professeur Randrianaivontseheno Ravaka, gardienne des lois et de la morale publique, n’a pas mâché ses mots. Elle a fermement condamné les assassinats et les actes de violence, rappelant que les droits humains protègent les innocents, pas les criminels, et qu’aucun citoyen ne peut se substituer au tribunal. Elle a exhorté les autorités à serrer la vis sur l’application de la loi et a mis en garde la population contre la diffusion de contenus glorifiant la violence.
Le message est clair : filmer, partager ou parler ne doit jamais remplacer le respect des règles. La colère, si compréhensible soit-elle, ne doit pas dicter la loi. Mais dans un pays où l’État semble parfois distant, combien écouteront vraiment ?
Iss Heridiny




