- Publicité -
jeudi, février 19, 2026
AccueilPolitiqueSaid Ahmed Said Abdillah : « L’union régionale est essentielle pour peser...

Said Ahmed Said Abdillah : « L’union régionale est essentielle pour peser face aux grandes puissances »

Said Ahmed Said Abdillah, président du Parti Comores Alternatives, appelle à l’union régionale et s’inspire du modèle malgache pour libérer les Comores de ce qu’il décrit comme une « macabre dictature ». Interview !

Midi Madagasikara (M.M.) : Comment les Comores et Madagascar peuvent-elles renforcer leur coopération bilatérale dans le cadre de la Communauté des États de l’Afrique de l’Est (CAE) et de la Commission de l’Océan Indien (COI) ?

Said Ahmed Said Abdillah (SASA) : Permettez-moi tout d’abord de transmettre, au nom du Parti Comores Alternatives (P.C.A.), du Rassemblement de l’Opposition Comorienne (ROC) et du peuple comorien, notre message de solidarité au peuple malgache à la suite du cyclone qui a frappé la Grande Île. Nous présentons nos sincères condoléances aux familles endeuillées et exprimons notre compassion face aux dégâts humains et matériels.

Les Comores et Madagascar partagent des liens historiques profonds, remontant à avant la colonisation française, lorsque nos territoires étaient unis sous « Madagascar et dépendances ». En 1946, la France a séparé les Comores de Madagascar afin d’empêcher l’indépendance malgache qui émergeait après la Seconde Guerre mondiale. Madagascar a obtenu son indépendance en 1960 et a renforcé sa souveraineté en 1973 en quittant le franc CFA et en fermant les bases militaires étrangères. Les Comores ont proclamé leur indépendance en 1975, mais celle-ci reste inachevée en raison de l’occupation de Mayotte par la France et de l’héritage colonial du système monétaire.

Dans le cadre de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) et de la Commission de l’océan Indien (COI), nos deux pays devraient renforcer leur coordination stratégique. Nos liens culturels, linguistiques et familiaux doivent permettre de faciliter la circulation des personnes et des biens, et d’encourager les échanges économiques, universitaires et touristiques. Dans un monde globalisé, l’union régionale est essentielle pour peser face aux grandes puissances.

Enfin, les récentes réunions internationales, où l’Europe a discuté de son influence face à d’autres grandes puissances, contrastent avec la situation africaine, où les dirigeants ne font que préserver leurs dictatures. Heureusement, Madagascar dispose de militaires patriotes et républicains.

M.M. : Le gouvernement comorien vient de célébrer la date du 17 février marquant les Accords de Fomboni. Que restent-ils pour vous et pourquoi cette célébration ?

SASA : Les Accords de Fomboni ont marqué une étape majeure dans l’histoire politique des Comores. Signés pour mettre fin à la crise séparatiste d’Anjouan, ils ont instauré le principe de la présidence tournante entre les îles et permis quinze années d’alternance démocratique relativement stable.

Ces accords ont contribué à renforcer l’unité nationale et à apaiser les tensions institutionnelles. Ils ont également redonné espoir à de nombreux Comoriens, y compris ceux de Mayotte.

Cependant, le retour au pouvoir du colonel Azali Assoumani en mai 2016 a profondément modifié cet équilibre institutionnel. La réforme constitutionnelle intervenue par la suite a mis fin à l’esprit initial de la tournante. Le colonel Azali Assoumani a totalement détruit tous ces accords afin de se pérenniser au pouvoir, de préparer le terrain politique pour son fils et d’éloigner encore plus la chance de retour de l’île comorienne de Mayotte.

Pourquoi le célébrer ou le commémorer, alors que ces accords sont morts et enterrés par le colonel Azali Assoumani ? C’est juste un mépris lancé aux Comores et surtout à l’île de Mohéli, qui réclame sa tournante de 2026. Dans un pays pauvre comme les Comores, qui manque de tout, il se permet de gaspiller 200 millions de francs comoriens pour aller juste mépriser les Comores et l’opposition, en particulier, en leur disant : « Vous ne pouvez pas me déloger et après moi je laisserai mon enfant », proclamait Azali Assoumani à Mohéli.

C’est pourquoi l’exemple de Madagascar nous motive beaucoup pour continuer notre combat politique afin de mettre fin à cette macabre dictature.

M.M. : Les Comores et Madagascar partagent-elles des défis communs en matière de développement économique et de sécurité ? Comment peuvent-elles travailler ensemble pour relever ces défis ?

SASA : Nos deux pays partagent plusieurs défis : sécurité alimentaire, dépendance aux importations, vulnérabilité climatique, chômage des jeunes et faiblesse des infrastructures.

Les Comores ont encore à relever plusieurs défis avant de prétendre à un développement économique et social, comme celui de l’indépendance monétaire, en quittant la zone franc CFA, qui est appelée franc comorien. Elles ne peuvent pas concevoir un développement économique sans une monnaie nationale, une banque centrale qui pilote une politique monétaire adaptée aux besoins du pays. La monnaie est l’oxygène d’un pays : sans sa maîtrise, il n’y a aucun développement économique possible. La banque centrale dite des Comores ne joue aucun rôle de banque centrale nationale, mais celui d’une représentation du Trésor public français. Elle collecte les devises qui entrent aux Comores pour les envoyer en France. C’est un défi que Madagascar a déjà relevé depuis juin 1973, en recouvrant sa souveraineté monétaire.

La coopération régionale pourrait se structurer autour de :

* La riziculture : les Comores importent massivement du riz, alors que Madagascar dispose d’un fort potentiel agricole. Une stratégie commune réduirait la dépendance asiatique.

* La pêche : valorisation des zones économiques exclusives.

* La vanille : nos deux pays figurent parmi les grands exportateurs mondiaux ; une coordination permettrait de mieux réguler les prix face à la concurrence indonésienne.

* Le transport aérien et maritime régional.

* Le tourisme intégré dans l’océan Indien.

Une complémentarité stratégique est possible et nécessaire.

M.M. : Comment les relations entre les Comores et Madagascar peuvent-elles être renforcées dans les domaines de l’éducation, de la santé et de la culture ?

SASA : Madagascar a formé une grande partie des cadres comoriens, notamment durant l’autonomie interne et après l’indépendance. Actuellement, de nombreux étudiants comoriens poursuivent leurs études dans les universités malgaches. Cependant, sous le régime du colonel Azali Assoumani, l’éducation est négligée. Depuis son coup d’État en avril 1999, il a supprimé les bourses pour les étudiants comoriens, que ce soit pour ceux qui étudient à l’intérieur ou à l’extérieur du pays. Cette situation est jugée inacceptable et nécessitera une intervention dès la prise de pouvoir. L’éducation sera alors une priorité, avec des actions concrètes comme la simplification des démarches administratives et des procédures de visa, une participation accrue aux œuvres universitaires, et le développement d’accords interuniversitaires. Sur le plan culturel, les peuples comorien et malgache partagent des éléments communs (histoire, langues, traditions) qui doivent être valorisés pour renforcer l’intégration régionale.

M.M. : Quel est le rôle de la diplomatie comorienne dans la promotion des intérêts nationaux et régionaux, notamment dans le contexte de la coopération avec Madagascar et les autres pays de la région ?

SASA : La priorité absolue de la diplomatie comorienne doit être la restitution de Mayotte, conformément à la reconnaissance de l’ONU de 1975, afin de parachever l’indépendance nationale. Ce « devoir sacré » nécessite le soutien stratégique de Madagascar. Historiquement, le maintien de la présence française à Mayotte est une conséquence collatérale de la souveraineté malgache : le refus de céder Sainte-Marie et la fermeture de la base de Diego-Suárez ont entraîné le repli de lobbies et de légionnaires sur l’île comorienne.

Le Parti Comores Alternatives (P.C.A.) rejette l’actuelle « diplomatie de mendicité » et d’alignement, jugée humiliante et appauvrisseuse. Il prône une diplomatie économique offensive et réaliste. Dans un monde régi par les intérêts plutôt que par les sentiments, les Comores doivent s’affirmer, identifier leurs forces et négocier des partenariats mutuellement bénéfiques au lieu de se contenter de « tendre la main ».

Recueillis par Julien R.

- Publicité -
- Publicité -
- Publicité -
Suivez nous
419,278FansJ'aime
14,461SuiveursSuivre
5,417SuiveursSuivre
1,920AbonnésS'abonner
Articles qui pourraient vous intéresser

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici