Accueil Politique Crise russo-ukrainienne : Madagascar adopte la diplomatie du silence à l’ONU

Crise russo-ukrainienne : Madagascar adopte la diplomatie du silence à l’ONU

Crise russo-ukrainienne : Madagascar adopte la diplomatie du silence à l’ONU
Les résultats du vote du 24 février dernier au siège de l’ONU à New York.
Les résultats du vote du 24 février dernier au siège de l’ONU à New York.

Madagascar s’efface du débat sur l’un des conflits les plus structurants de l’ordre international contemporain.

Madagascar a choisi, pour la deuxième année consécutive, de ne pas se prononcer lors d’un vote crucial à l’Assemblée générale des Nations unies sur la guerre en Ukraine. Mardi 24 février dernier, alors qu’une résolution appelant à un cessez-le-feu « immédiat » et « inconditionnel » entre Moscou et Kiev était soumise aux États membres, la Grande île ne s’est ni exprimée ni positionnée. Ni vote pour. Ni vote contre. Ni même abstention formelle. Un silence qui, loin d’être anodin, s’inscrit dans une ligne diplomatique désormais assumée.

Le vote intervenait quatre ans jour pour jour après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie. Adoptée par 107 voix pour, 12 contre et 51 abstentions, dont celles, particulièrement scrutées, des États-Unis et de la Chine, la résolution souligne « avec inquiétude que l’invasion totale de l’Ukraine par la Fédération de Russie dure depuis quatre ans ». Elle appelle à un arrêt immédiat des hostilités, sans conditions préalables.

Le texte a été présenté par la vice-ministre ukrainienne des Affaires étrangères, Mariana Betsa. À la tribune de l’ONU, elle a rejeté toute solution impliquant des concessions territoriales. « Nous n’allons pas nous rendre », a-t-elle affirmé, qualifiant le conflit de guerre « néocoloniale et impériale » visant à rétablir des sphères d’influence. Elle a écarté « une paix sous forme de reddition » et dénoncé toute paix conclue « à n’importe quel prix ».

La représentante russe a, de son côté, dénoncé un texte « déconnecté de la réalité ». Selon Moscou, « la paix ne peut être juste si elle est interprétée à travers le prisme des exigences d’une seule partie et ignore complètement les préoccupations légitimes de l’autre ». La diplomate russe a mis en avant les négociations trilatérales en cours avec les États-Unis et l’Ukraine, notamment à Abou Dhabi et à Genève, pour défendre l’idée d’un règlement négocié en dehors des résolutions jugées unilatérales.

Février 2023

Dans ce face-à-face diplomatique tendu, Madagascar a choisi de ne pas entrer dans l’arène. Ce silence n’est pas un accident. En février 2025 déjà, le gouvernement d’Andry Rajoelina avait adopté la même posture lors d’un vote similaire à l’Assemblée générale. Le non-positionnement devient ainsi une constante de la diplomatie malgache sur le dossier ukrainien. Pourtant, cette posture tranche avec celle adoptée en février 2023. À l’époque, Madagascar avait voté en faveur d’une résolution exigeant le retrait immédiat des troupes russes du territoire ukrainien. Un choix clair, aligné sur la majorité des États membres. Quelques mois plus tard, le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Richard Randrimanadrato, était limogé. Officiellement, aucune corrélation n’avait été établie. Mais dans les cercles diplomatiques, l’épisode avait été largement interprété comme un tournant.

Depuis, la prudence est devenue la règle, même si le régime a changé depuis octobre 2025 et qu’Andry Rajoelina est parti vivre ailleurs. En refusant de voter, Madagascar adopte une position de retrait qui dépasse la simple neutralité. L’abstention est un acte politique. Le silence, lui, peut être perçu comme une stratégie d’évitement : la volonté de ne pas heurter un partenaire stratégique. La Russie, ces dernières années, a renforcé sa présence en Afrique, notamment par des coopérations militaires, énergétiques et minières. Madagascar, depuis janvier 2026, fait partie de ces pays africains qui ont choisi de se rapprocher davantage de Moscou. Le vote de 2023 avait placé Antananarivo dans le camp des États condamnant explicitement Moscou. Le silence peut aussi traduire une diplomatie de l’équilibre de l’actuel gouvernement, qui consiste, à cet effet, à ne pas rompre avec l’Occident tout en ne s’aliénant pas la Russie. Une posture délicate pour un pays en quête d’investissements, d’aides budgétaires et de partenariats diversifiés

Rija R.

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