
Les transmissions judiciaires augmentent en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux, les condamnations, elles, se multiplient et les montants gelés progressent.
Madagascar affiche des résultats en progression dans la lutte contre le blanchiment de capitaux. En 2025, 65 décisions de condamnation ont été prononcées par les juridictions compétentes, tandis que 138,06 milliards d’ariary ont été gelés ou saisis dans des dossiers liés au blanchiment. Des chiffres rendus publics hier, 2 mars 2026, à Anosy, lors de la présentation officielle du Rapport annuel 2025 du Service de renseignements financiers (SAMIFIN). Au cœur de ce dispositif : l’intensification du traitement des signalements financiers suspects. Au cours de l’année écoulée, 141 déclarations d’opérations suspectes (DOS) et 90 demandes de renseignements (DDR) ont été analysées. Ces investigations ont conduit à 47 transmissions aux autorités judiciaires compétentes, déclenchant des poursuites qui se sont soldées par des condamnations. Un volume qui traduit, selon les responsables, une amélioration tangible de l’efficacité opérationnelle.
Sur le plan financier, les montants en jeu témoignent de l’ampleur des flux illicites détectés. Les gels et saisies atteignent 138,06 milliards d’ariary. Les confiscations, elles, s’élèvent à 83,09 millions d’ariary, représentant à elles seules 50% de l’ensemble des confiscations prononcées. Derrière ces chiffres, une réalité se dévoile : l’arsenal juridique commence à produire des effets concrets, et l’État récupère progressivement une partie des avoirs issus d’activités criminelles. Mais le blanchiment ne se limite pas à une infraction isolée. Il irrigue d’autres formes de criminalité. Les analyses financières du Samifin ont ainsi contribué à des enquêtes liées à la corruption, au trafic d’espèces sauvages et à diverses infractions graves.
Informations sensibles
Le renseignement financier devient un maillon stratégique dans la chaîne pénale, permettant de remonter les circuits, d’identifier les bénéficiaires réels et de démanteler les réseaux. L’année 2025 aura également été marquée par un renforcement significatif de la coopération. Sur le plan national, la coordination entre institutions s’est consolidée, selon le Samifin. À l’international, Madagascar a finalisé son adhésion au Groupe Egmont. La validation officielle est attendue en juillet 2026. Une fois membre, le pays pourra accéder à un réseau sécurisé regroupant 182 cellules de renseignement financier à travers le monde, avec la possibilité d’échanger des informations sensibles en temps réel. Un levier déterminant pour suivre des flux financiers de plus en plus transnationaux et sophistiqués.
Cette dynamique s’inscrit dans une perspective plus large : la préparation active de Madagascar à l’évaluation mutuelle 2026 conduite sous l’égide de l’ESAAMLG (Eastern and Southern Africa Anti-Money Laundering Group). Cet exercice, particulièrement exigeant, évaluera la conformité du pays aux standards internationaux en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement des activités illicites. L’enjeu est de préserver la crédibilité du système financier national et d’éviter tout risque de classement défavorable susceptible d’affecter les investissements et les relations bancaires internationales.
Rija R.



