Rétablissement de l’autorité de l’État face aux pressions sur la biodiversité, extension du réseau d’aires protégées, renforcement de la gouvernance et réponse au déficit critique de ressources humaines : Manesimana Michaël, ministre de l’Environnement et du Développement durable, dresse les premières orientations de la refondation du secteur à Madagascar. Interview.
Midi Madagasikara : Vous êtes en poste depuis trois mois, quel bilan apportez-vous aujourd’hui en matière de refondation de l’environnement et du développement durable à Madagascar ?
M. : On a vécu trois mois de travail durant lesquels il a surtout été question de rétablir l’autorité de l’État. Car on le sait, les périodes de crise socio-politiques coïncident avec une hausse galopante des pressions sur la biodiversité. Il a donc fallu que l’État reprenne en main le secteur afin d’éviter un relâchement global des efforts de tout un chacun. À cela s’ajoute le rétablissement de la confiance des parties prenantes par des réponses progressives aux diverses attentes.
La mise en place de 21 nouvelles aires protégées de 1,8 million d’hectares est un engagement politique majeur du gouvernement. Ce qui nous fait une superficie totale d’aires protégées de 10,5 millions d’hectares, soit 17% du territoire de Madagascar.
M.M : La vitesse des déclins est supérieure à celle des efforts de conservation. D’après vous, qu’est-ce qui a fondamentalement échoué dans la gouvernance du secteur ?
M. : Il faut une politique de gouvernance claire qui intègre les forêts restantes dans des aires protégées. L’existence d’un mécanisme stable de financement desdites aires contribue fortement à la conservation. Ce mécanisme permet de financer la conservation durable et systématique d’une aire protégée dès que celle-ci obtient un statut temporaire.
La politique se décline ensuite en plan stratégique. Nous disposons actuellement d’un plan stratégique de la biodiversité (30×30) pour les cinq prochaines années, qui est déjà validé en Conseil des ministres. La volonté politique s’est déjà traduite en décret d’application.
Mais au-delà de toute action et initiative, l’Homme est au cœur de toute politique de gouvernance : sans lui, les efforts de conservation seront vains. C’est dans cette optique que le ministère, appuyé par ses partenaires, a récemment lancé des projets de réduction des vulnérabilités socio-économiques des communautés riveraines des aires protégées à Madagascar.
M.M : Lors du lancement officiel des assises pour l’Environnement et le Développement durable, vous avez alerté sur un sous-effectif majeur auprès de votre département. Pouvez-vous nous en dire plus ?
M.: La situation est telle, car l’environnement n’était pas considéré comme étant un département transversal. Au sein même de ce dernier, il n’y a pas de politique de recrutement systématique. À côté, il y a le Centre national de formation en techniques forestières (CNFTF), situé à Angavokely, Antananarivo, qui fournit des compétences qualifiées assurant la gestion durable des ressources forestières. Cet établissement n’est toutefois pas accessible par voie de concours national, contrairement, par exemple, à l’ENAM. L’élever au rang et au même niveau que les grandes écoles publiques pourrait permettre au ministère de l’Environnement et du Développement durable de renouveler systématiquement son personnel via les concours organisés chaque année. Tout cela justifie la nécessité d’un recrutement massif afin d’éviter de paralyser la gestion du secteur.
M.M : Les mots de la fin ?
M. : Nous avons entamé les assises pour l’environnement et le développement durable. Elles dureront deux mois et le MEDD publiera bientôt le calendrier. Tout le monde devrait y participer, car il s’agit d’un tournant pour la vie nationale, qui nous permettra d’élaborer des textes, des politiques, une gouvernance ainsi qu’une vision en matière de conservation de la biodiversité.
Recueillis par José Belalahy




