
Contre l’histoire écrite par le colon et l’élite mimétique nationale, le pasteur Rainitovo (1852–1924) a fait du malgache une arme de résistance. Retour sur l’auteur de « Ny Menalamba », celui qui a transformé les « bandits » en patriotes.
Si « l’épistémologie malgache » avait un nom, ce serait Rainivelo (1852–1924). Pasteur, écrivain, témoin de l’occupation française et enfin auteur de « Ny Menalamba », entre autres. À travers ses écrits et son vécu, il démontre sa résistance intellectuelle vis-à-vis de l’histoire racontée et imposée par les occupants. Entre autres, à la place de « bandits de grand chemin », qualificatif utilisé par la « bête blonde » (surnom du chef nazi Reinhard Heydrich) de l’armée française, le général Gallieni, pour désigner les Menalamba, Rainivelo a mis en avant le mot « patriotes ». L’expression « Ho an’ny Tanindrazana », depuis l’ère Rajoelina, a été marinée dans le marigot de l’ignorance totale de l’histoire malgache, résonnait chez l’écrivain comme un concept moteur de l’identité politique et de la résistance malgache. Bonjour les « Îles Éparses » et les terres des « voanjo », ces colons de l’ombre qui sévissent encore aujourd’hui. « Ce que nous écrivons aujourd’hui est le témoignage de ceux qui ont vu la lumière s’éteindre pour que les générations futures sachent qu’il y eut une résistance », relate Rainivelo dans « Ny Menalamba », écrit en malgache. Déjà une posture de résistance. À travers le malgache, une prouesse et un danger politique pour l’époque, il a déjà dessiné les esquisses d’une théorie de la pensée décoloniale qui allait atteindre tous les intellectuels patriotes des colonies du monde, francophone, anglophone, hispanophone, etc. « Les chefs ne cherchaient pas la gloire, mais le retour à la liberté. Dans chaque village de l’Imamo et du Vonizongo, le signal était donné par le cri de ralliement qui résonnait d’une colline à l’autre, rappelant que la terre n’avait pas été vendue, mais prise par la force », encore un extrait. Ce livre, « Ny Menalamba », mérite, tout au moins, d’être intégré dans le programme scolaire de la région centrale de Madagascar. Pour rappeler la dignité des Malgaches face à l’adversité.
Maminirina Rado


