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jeudi, octobre 15, 2026
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Zones rurales : Plus de 800 000 personnes ont accès à l’eau potable grâce à des stratégies durables

Bénéficiaire de branchement à domicile à Mandoto.

À Madagascar, seules 36% des personnes ont accès à une source d’eau potable, selon l’enquête de l’INSTAT de 2023. Dans les zones rurales et périphériques reculées, où les communes et les communautés gèrent l’eau, de nombreuses initiatives ont vu le jour depuis plusieurs années. Cependant, la plupart des réseaux deviennent dysfonctionnels après quelques années, rendant la pérennité du service un enjeu majeur. Depuis 2008, l’ONG Gret a développé des approches innovantes pour accroître l’accès à l’eau potable en milieu rural et semi-urbain, pour des services durables, bien au-delà des projets.

Bénéficiaire de branchement à domicile à Antsapanana.

Les actions de cette ONG incluent la mise en place de nouveaux systèmes d’adduction d’eau, la réhabilitation de réseaux existants gérés par la Jirama, ainsi que le développement de partenariats avec le secteur privé local pour assurer la gestion du service. Des modèles économiques viables ont été conçus pour garantir un accès abordable et durable, complétés par des innovations techniques adaptées au contexte et respectueuses de l’environnement.

Suivi de la qualité de l’eau par un technicien.

Co-construire avec des opérateurs privés

Pour favoriser un accès universel à l’eau, cette organisation a étendu ces infrastructures dans des zones rurales de plus de 4 000 habitants. À part les kiosques à eau publics, la stratégie mise également sur l’installation de branchements à domicile pour une meilleure proximité de l’eau. Des opérateurs privés cofinancent la construction des infrastructures et sont formés afin d’assurer la gestion et l’entretien des sites, y compris dans des localités de moins de 1 000 habitants. L’organisation a influencé les politiques nationales par une délégation accrue de la gestion des services d’eau au secteur privé, via des plans d’affaires coconstruits et rentables, réduisant les inégalités communautaires grâce à un coût accessible. « Grâce à cette qualité d’intervention, 100% des réseaux d’eau installés par le Gret sont toujours fonctionnels, dont certains depuis plus de 10 ans », témoigne Rivoson Honoré Randrianantoandro, chef de projet eau potable au Gret.

Kiosque à eau à Antsapanana, prêt à servir.

L’accompagnement des opérateurs privés renforce la durabilité des sites et des services au-delà des cycles de projets. En 2012, par exemple, dans la commune d’Ambano, district d’Antsirabe II, Haritsimba Rakotoharimba a investi dans la gestion d’un réseau d’eau potable avec l’appui de l’ONG. Formé au marketing des branchements, à la sécurisation des recettes, à l’entretien des infrastructures, etc., cet opérateur s’est formalisé en créant son entreprise « Miharindrano » et gère aujourd’hui six réseaux d’eau potable. Il dessert plus de 10 300 ménages, soit environ 47 000 personnes, à travers 3 037 branchements privés et huit kiosques à eau. « Cet appui a apporté des changements majeurs à mon entreprise : nous sommes devenus plus professionnels sur le plan technique, financier et en leadership », explique le gérant de Miharindrano. Avec un taux de recouvrement élevé sur l’ensemble des sites, l’entreprise bénéficie d’une relation de confiance avec ses usager·es et d’un modèle économique solide. Les recettes couvrent les charges courantes – salaires, maintenance, énergie – et permettent à la fois de rembourser les investissements initiaux et de financer de nouveaux travaux sans appui extérieur. Cet exemple illustre bien qu’au-delà des infrastructures, il s’agit de bâtir un service pérenne porté par des acteurs locaux, en consolidant des modèles économiques viables, en professionnalisant les opérateurs, en structurant les relations avec les acteurs et en protégeant les ressources face aux pressions climatiques et environnementales.

Système d’adduction d’eau potable réhabilité.

Améliorer les réseaux déjà existants

Depuis 2012, cette ONG accompagne aussi la commune urbaine de Sainte-Marie dans l’amélioration durable de l’approvisionnement en eau potable, une priorité pour cette île où les défis logistiques et climatiques compliquent l’accès à des ressources fiables. Cette collaboration s’est concrétisée en 2014 par la première réhabilitation des sites d’Antsaha et de Sahamanoro, gérés par la Jirama, l’entreprise nationale d’eau et d’électricité. Les premières interventions visaient avant tout à renforcer les capacités de production d’eau de l’agence locale de la Jirama, afin de répondre à la demande croissante de la population urbaine. Les travaux ont porté sur plusieurs axes stratégiques : la réhabilitation complète du barrage d’Antsaha, la remise en état et la mise en service d’installations préexistantes non encore raccordées au réseau principal, incluant le barrage lui-même, la station de traitement des eaux et le réservoir. Au fil d’une décennie d’améliorations continues et d’interventions ciblées, ces systèmes ont considérablement évolué, offrant aujourd’hui un accès amélioré à l’eau potable à plus de 70 000 personnes dans la grande ville d’Ambodifotatra, chef-lieu de l’île.

Un enfant se lave les mains dans la cour.

Un impact concret sur la vie des usager·es et des populations

Au total, les actions du Gret ont permis à plus de 800 000 personnes de bénéficier d’un accès à une eau potable de qualité, grâce à la construction et à la réhabilitation de 40 réseaux d’eau dans sept régions, dont Analanjirofo, Analamanga, Vakinankaratra et Atsinanana. Les bénéfices au sein de la communauté sont multiples. L’amélioration de l’accès à l’eau potable contribue à une meilleure hygiène et à une réduction des maladies hydriques. Melicia Ravoniarisoa, mère, habitante d’Antsapanana dans la région Atsinanana, témoigne : « Mon fils a déjà été victime de la typhoïde, et le médecin a dit que cela était lié à la mauvaise qualité de l’eau. Nous faisions déjà de notre mieux pour garantir sa salubrité, mais aujourd’hui, avec l’eau courante déjà traitée, nous sommes beaucoup plus rassurés. Autrefois aussi, nous dépensions environ 6 000 Ar pour seulement six bidons d’eau par jour, alors qu’aujourd’hui, ce même montant couvre presque toute notre consommation mensuelle, avec une utilisation quotidienne bien plus importante. »

Décanteur d’Antsaha réhabilité.

Côté pratique, les tâches quotidiennes des ménages ont été facilitées. Et surtout, l’impact de l’accès à l’eau potable sur les activités génératrices de revenus et sur l’amélioration des ménages est aujourd’hui tangible pour les communautés. Pour Samson, opérateur touristique à Agnafiafy, Ste Marie, l’investissement dans l’eau courante a été rentable : « Avant, j’avais dû investir dans des plaques solaires et un groupe électrogène pour répondre aux besoins des clients, ce qui m’avait coûté très cher. Depuis que j’ai eu un branchement à domicile, l’eau arrive avec une bonne pression, elle est propre et déjà traitée. Je n’ai plus à dépenser en gasoil, c’est plus rentable et cela nous permet, nous les opérateurs, d’améliorer la qualité de nos services. »

Dossier réalisé par Manjato Razafy

Ancien barrage d’Antsaha.
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