- Publicité -
samedi, septembre 26, 2026
- Publicité -
AccueilCultureExpression : « Gerbes fanées, mémoire figée »

Expression : « Gerbes fanées, mémoire figée »

Quoique l’insurrection du 29 mars se soit déployée principalement dans la partie orientale, elle dépasse largement les frontières géographiques. Elle concerne la nation tout entière. Elle est ce moment rare où un peuple, pourtant marqué par des trajectoires précoloniales différentes, s’est découvert une conscience commune.

La colonisation, dans toute sa brutalité, n’a pas seulement opprimé — elle a aussi réveillé. Elle a fait naître, chez les Malgaches, une conscience collective, un sursaut identitaire. Chaque année, le même rituel. Dépôt de gerbes sur les stèles. Recueillement figé. Regards perdus sur les impacts de balles du wagon de Moramanga. On effleure l’histoire… sans jamais vraiment la toucher. Pendant ce temps, les historiens, les vrais, travaillent. Ils fouillent, ils croisent, ils déconstruisent. Ils apportent, année après année, des éclairages nouveaux pour mieux comprendre cet événement fondateur. Mais leurs voix peinent à franchir les murs du protocole.

Trop souvent, des « experts » importés ou autoproclamés. Résultat : un récit qui s’affadit, qui se dilue… jusqu’à permettre à quelque influenceur de passage de lâcher, sans trembler : « Les Malgaches ne connaissent pas leur histoire. » Et que dire de ces prétendus témoins surgis de nulle part ? Des mémoires reconstruites, des chronologies bricolées. L’anachronisme devient spectacle. La vérité, elle, recule. Pendant ce temps, les autorités déroulent. Discours calibrés. Mots choisis. Slogans bien polis. Cette année : « Tolom-panafahana : Fanavaozana ny fitiavan-tanindrazana ». On y glisse « fanavaozana » comme une promesse de renouveau. Mais à force de recycler les mots, finit-on encore par renouveler le sens ? On dirait surtout un exercice de style. Un slogan qui sonne bien. Puis le cérémonial s’achève, le cortège se disperse, direction le palais. Rideau. Rendez-vous l’année prochaine. Cela fait plus de soixante ans que les gerbes se fanent sur les stèles. Et avec elles, parfois, l’exigence de vérité.

Pourtant, dans l’ombre, les historiens malgaches persistent. Ils écrivent, ils questionnent, ils dérangent. Ce sont les véritables gardiens de la mémoire nationale. Des griots modernes, animés non par la reconnaissance, mais par la conviction. Malgré tout, on continue de ne pas les écouter. Si le régime actuel, porté par l’ambition de « refondation », veut réellement bâtir, alors il lui faudra commencer par-là : revisiter l’histoire, sérieusement, rigoureusement, honnêtement, car on ne construit pas une nation sur des slogans. On la construit sur une mémoire assumée.

Iss Heridiny

Suivez nous
502,213FansJ'aime
22,466SuiveursSuivre
8,516SuiveursSuivre
2,891AbonnésS'abonner
Articles qui pourraient vous intéresser

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici