
Le ton est posé, mais le fond est sans concession. Pour Monja Roindefo, l’histoire de Madagascar, telle qu’elle est célébrée dans les hautes sphères, souffre d’une pathologie grave : l’amnésie sélective. Selon lui, à Ambohijatovo, hier, les archives, qu’elles reposent à Aix-en-Provence, dans les registres de l’armée française ou à l’Académie malgache, sont pourtant formelles. C’est la société secrète Jiny, fondée par son père, le regretté doyen Monja Jaona, qui a véritablement allumé la mèche de la révolte, en 1947.
Oublis. Le leader du MONIMA martèle avec insistance que son parti n’est que la « déclinaison politique » de cette organisation clandestine de la première heure. Pourtant, le constat est amer pour le fils du « Grand Maître ». Lors des cérémonies officielles commémorant ce 29 mars, les héritiers de cette lignée patriotique semblent avoir été purement et simplement rayés de la liste des invités. « Ce n’est pas de notre fait, c’est l’État qui ne nous invite pas », déplore-t-il, s’interrogeant ouvertement sur une possible manœuvre politique derrière ces « oublis » à répétition. Rappelons pourtant que Monja Roindefo est titulaire de la Grand-Croix de première classe, une distinction qui, théoriquement, lui assure une place de choix dans le rang protocolaire national.
Paradoxe historique. Le point d’orgue de son intervention réside dans sa remise en question frontale du rôle attribué au MDRM. Avec une franchise désarmante, il pointe du doigt un paradoxe historique : « Le MDRM réclamait l’indépendance au sein de la Communauté française et avait même envoyé des messages pour demander l’arrêt de la lutte, qualifiée de provocation. », Pour l’ancien locataire de Mahazoarivo, privilégier le MDRM au détriment du Jiny revient à honorer ceux qui ont tenté de freiner le mouvement plutôt que ceux qui l’ont porté à bout de bras. Pour Monja Roindefo, ce flou artistique n’est pas sans conséquence sur le destin de la Grande île. Son verdict tombe comme un couperet : tant que l’histoire ne sera pas restituée dans sa vérité nue, le pays ne pourra pas avancer. En dénonçant une nation qui préfère célébrer les « diplomates » plutôt que les acteurs de la revendication pure, il appelle à une révision profonde de la conscience nationale. Un message qui, en ce jour de commémoration, résonne comme un plaidoyer pour la cohérence historique.
Julien R.


