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samedi, septembre 12, 2026
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Maintenir l’ordre public et contrôler l’opposition politique sous le régime colonial

Comment faire taire ses opposants et consolider le pouvoir dans le contexte du maintien de l’ordre public et surtout imposer l’autorité du régime ? L’histoire politique à Madagascar montre une pratique héritée depuis plus d’un siècle : le régime d’internement politique. Le régime évolue, mais les principes demeurent inchangés. Dans le cadre de la célébration de l’événement de lutte nationaliste de mars 1947, docteur en Histoire contemporaine, enseignant-chercheur à l’Université de Tuléar, Elisé Harmino Asinome mène une réflexion sur les mesures de surveillance, de résidence forcée et d’internement imposées par l’administration coloniale française à plusieurs notables sakalava du Sambirano, dans la province de Nosy Be, durant la Première Guerre mondiale.

Midi Madagasikara (M.M.) : Vous avez récemment mené une étude historique sur la détention politique durant la période coloniale, en vous basant sur un corpus de correspondances administratives et de rapports officiels couvrant les années 1911 à 1916. Cette recherche se concentre principalement sur l’analyse des cas d’internement survenus dans la province de Nosy Be. Dans quel contexte plus précis les mesures de détention mises en œuvre par l’administration coloniale de l’époque s’inscrivaient-elles exactement ?

Elisé Harmino Asinome (E.H.A.) : D’abord, à titre de rappel, Madagascar a été annexé par la France le 6 août 1896. Puis le 28 février 1897 marque la date de la fin officielle du protectorat français de Madagascar et la création de la colonie de Madagascar et dépendances. Le régime d’internement imposé aux populations s’inscrit dans le contexte d’une politique coloniale de suspicion à l’égard des anciens chefs indigènes et des figures politiques locales, soupçonnés d’hostilité ou d’agitation, et de la peur permanente d’un soulèvement indigène, héritée du traumatisme de l’insurrection de 1898. Nous nous sommes intéressés aux pratiques d’internement administratif mises en œuvre par l’autorité coloniale française dans la région du Sambirano, province de Nosy Be, au début du XXe siècle, notamment durant la Première Guerre mondiale. L’administration coloniale a utilisé pendant cette période l’internement politique comme instrument de contrôle. Sous couvert de sécurité publique, les autorités ont neutralisé des notables susceptibles d’incarner une autorité alternative au pouvoir colonial.

M.M. : L’une des suspicions porte sur un membre de l’élite locale, ce qui montre que la surveillance concerne aussi les agents du régime colonial.

E.H.A. : Vous faites allusion ici au cas de Danian, frère du Mpanjaka Tsiaraso, issu de la lignée des anciens souverains sakalava Bemazava, originaires du Sambirano. En 1911, cet ancien gouverneur local est perçu comme réfractaire aux institutions coloniales. D’après le rapport de l’administration coloniale, c’est un fonctionnaire d’une valeur morale douteuse et foncièrement hostile à nos institutions. En effet, Danian est contraint de quitter son poste, invoquant des raisons de santé dans sa lettre de démission. Il est par la suite assigné à résidence à Hell-Ville, sur l’île de Nosy Be, afin de neutraliser son influence.

L’autorité coloniale a fait appel au décret du 30 septembre 1887 relatif à la répression, par voie administrative, des infractions commises par les indigènes du Sénégal non citoyens français pour justifier l’emprisonnement de Danian. Il lui est reproché d’être foncièrement hostile aux institutions coloniales, d’avoir pris une part active à l’insurrection de 1898 et que, professionnel de l’agitation, dès la déclaration de guerre, il a visité les villages de la plaine du Sambirano sans pouvoir indiquer le motif de son déplacement. En effet, ce comportement, de la part d’un sujet français, mérite une sanction très sévère selon l’autorité coloniale.

M.M. : Cependant, après la guerre, les notables du Sambirano ont connu la généralisation des mesures préventives par l’internement. Comment a évolué cette mesure répressive contre les indigènes ?

E.H.A. : Avec le déclenchement de la guerre en 1914, la politique de répression s’intensifie. C’est effectivement le cas au Sambirano, où plusieurs notables sont arrêtés et internés à Nosy Be sous prétexte d’avoir répandu des rumeurs alarmistes ou tenu des propos antifrançais. Un arrêté du 22 août 1914 avait prononcé contre divers indigènes du Sambirano la peine de l’internement à Nosy Be, jusqu’à la fin des hostilités. Certains étaient accusés d’avoir participé à l’insurrection de 1898 et d’avoir déclaré lors d’une réunion que, sans les Européens, le pays tomberait entre les mains des brigands et des indigènes de Farafangana, ce qui a semé la panique parmi la population.

Le climat de méfiance se manifeste dans la région à travers des rapports alarmistes des gouverneurs provinciaux, évoquant de prétendus « bruits » et « conciliabules secrets » tenus par des notables du Sambirano, accusés d’attiser la peur d’une invasion ennemie ou de fomenter une révolte. Pour illustrer l’état de panique au sein de l’administration coloniale, on peut évoquer l’exemple d’un jeune garçon d’Ankatafa, appelé Kamisy, qui est accusé d’avoir lacéré les affiches de mobilisation dans le village et prêché la désertion des chantiers sous prétexte de cessation de paiement par les Européens. Les noms de Sadodo et Dolo, anciens insurgés de 1898, reviennent également dans une rumeur qu’ils ont propagée : selon eux, le Sambirano serait bientôt transféré aux Allemands, ce qui rendait inutile toute considération envers les Français.

M.M. : L’administration centrale et l’administration provinciale du régime colonial partagent-elles la même perspective sur les questions d’internement des indigènes du Sambirano ?

E.H.A. : Les discussions entre le chef de la colonie, Auguste Garbit, et les administrateurs coloniaux montrent des divergences profondes sur la manière de concilier sécurité et justice dans le contexte de l’instauration de l’ordre sous le régime colonial. Différentes démarches ont aussi dû avoir lieu avant que la décision finale ne soit prise par le gouverneur général, en 1915, qui octroie une libération temporaire aux internés tout en imposant une résidence obligatoire à Hell-Ville, associée à une surveillance policière stricte. Tout cela reflète effectivement les tensions entre les objectifs politiques, les impératifs sécuritaires et les considérations humaines liées au traitement des détenus.

Par ailleurs, le gouverneur provincial de Nosy Be, Laurent Silvie, a exercé une influence déterminante dans l’affaire d’internement des notables du Sambirano. C’est principalement grâce à son intervention que la question de la libération des détenus du Sambirano a pu s’imposer comme un enjeu majeur de discussion au sein de l’administration centrale de la colonie. De ce fait, le gouverneur général a ordonné de fournir plus d’éclairage sur cette affaire. Il veut s’assurer que ces internés ne sont pas impliqués dans d’autres mouvements de déstabilisation. Puis il a demandé des explications sur les raisons de l’internement de ces indigènes.

Néanmoins, à compter de 1915, une évolution vers une politique d’apaisement se manifeste : certains internés sont progressivement relâchés, tandis que d’autres, comme Tsiaraso, reçoivent des compensations symboliques afin de transformer leur loyauté en soutien politique à la colonisation. Ce geste vise à obtenir la collaboration de Tsiaraso et à recevoir la sympathie de la population envers le régime colonial.

Nome-Nanahary Lynda Nicole

La violence coloniale dans l’Alaotra en 1947

La population de l’Alaotra participe au soulèvement de 1947 au même titre que celle de Moramanga, vu que toutes les deux endurent les mêmes injustices et oppressions coloniales.

La région de l’Alaotra est habitée par une population cosmopolite, composée de Sihanaka, les plus nombreux, de Merina, de Betsileo et d’autres personnes de diverses origines. Elle joue un rôle important dans la lutte pour la libération de Madagascar, puisqu’une partie de la population est acquise à l’idée de l’indépendance au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, surtout en 1947.

Après le déclenchement de l’insurrection de mars 1947, l’état de siège est proclamé dans une partie de Madagascar, et l’Alaotra n’y échappe pas. La répression est multiforme : militaire et politique.

Les opérations militaires lors de la répression de l’insurrection de 1947 n’épargnent pas la région, même s’il ne s’y est rien passé. Le vécu de la population face à cette répression et la mémoire de 1947 restent donc bien vivants chez les Malgaches, surtout les migrants merina et leurs descendants, car ils sont victimes d’un règlement de comptes de la part de personnes favorables à la cause coloniale.

Pour la plupart membres du MDRM, les migrants merina et les paysans sihanaka, au nombre de 166, sont envoyés dans des wagons à Moramanga le 5 mai 1947 et, le 6 mai, ils y sont assassinés.

Au lendemain matin de l’éclatement du 29 mars 1947 également, Ambatondrazaka est déclaré en état de siège. Il est interdit de sortir la nuit, d’allumer la lumière à partir de 18 heures. La population attend le coup de feu. Les militaires sénégalais mènent la répression : ils frappent, blessent les gens et quelquefois violent les jeunes femmes. Ils les forcent également à les épouser et ils ont des enfants avec ces femmes-là. Mais la plupart des membres de la société de l’Alaotra repoussent leurs descendants à cause des comportements de leurs pères sénégalais lors de la répression, et cette mémoire reste encore vivante auprès de la population de l’Alaotra jusqu’à aujourd’hui.

À part cela, il y a également des paysans qui sympathisent avec le MDRM, qui sont jetés dans la rivière de Sahabe, insérés dans un sac, et la plupart y trouvent la mort.

Recueillis par Julien R.

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