
L’or noir malgache broie du… noir. Entre surstock et chute des prix, la filière traverse de nouveau une période particulièrement difficile.
De l’avis des acteurs de la filière, si des mesures ne sont pas prises dans les meilleurs délais, cette épice emblématique risque de nouveau de se retrouver dans une longue crise.
« Nous avons trouvé certains exportateurs qui proposent des offres allant jusqu’à seulement 13 dollars le kilo pour la variété Cuts », précise un exportateur que nous avons pu contacter.
Prix dérisoire
La filière vanille à Madagascar traverse une période particulièrement difficile. Longtemps considérée comme l’« or noir » du pays, l’épice emblématique fait aujourd’hui face à une crise marquée par une baisse significative des prix et un déséquilibre persistant entre l’offre et la demande. Un prix dérisoire puisque, en temps normal, le prix de cette variété qui se trouve en bas du tableau, en termes de qualité, est généralement de 28 dollars le kilo, soit le double des offres actuelles. Selon les acteurs de la filière, deux phénomènes sont à l’origine de cette crise : le surstock et la baisse de la demande internationale qui provoque, elle-même, une chute des prix. « Les stocks de vanille sont actuellement très élevés, aussi bien sur le territoire malgache que chez les importateurs internationaux », explique un opérateur de la filière. Cette situation résulte en grande partie de la forte expansion de la production ces dernières années. Faut-il en effet rappeler qu’entre 2017 et 2019, les prix exceptionnellement élevés de la vanille ont incité les producteurs à augmenter leur production.
Vanilline synthétique
Une surproduction qui a été malheureusement aggravée par un recul de la demande internationale. Par ailleurs, « le ralentissement économique dans certains pays consommateurs, notamment en Europe et aux États-Unis, a conduit les industriels à réduire leurs achats », alors que plusieurs grandes entreprises agroalimentaires utilisatrices de la vanille disposent encore de stocks constitués lors des périodes de prix élevés, limitant ainsi leurs besoins actuels. Par ailleurs, les utilisateurs ont préféré opter pour la vanilline synthétique, qui est, bien évidemment, moins coûteuse. C’est ce déséquilibre qui a, en tout cas, provoqué l’effondrement des prix. Selon certaines sources, la vanille noire de qualité gourmet se négocierait entre 50 et 70 dollars le kilogramme, un niveau historiquement bas comparé aux 300 à 600 dollars atteints il y a quelques années. Les qualités intermédiaires, comme la vanille rouge de type TK, se situent entre 45 et 60 dollars le kilogramme. La situation est encore plus critique pour les qualités inférieures, comme la vanille dite « cuts », issue de gousses fendues ou déclassées, dont les prix varient entre 13 et 20 dollars, soit bien en dessous de son niveau habituel. Ce segment du marché apparaît, en tout cas, comme le plus durement touché par la crise, avec ce que cela suppose, évidemment, de conséquences néfastes au niveau des producteurs, obligés, eux aussi, de vendre à des prix extrêmement bas.
Mauvaise gestion
En somme, les perspectives sont plutôt sombres pour l’or noir de Madagascar. Les craintes sont d’autant plus justifiées du côté des acteurs de la filière avec l’approche de la prochaine production. « La campagne pour la vanille verte va bientôt commencer », précise un opérateur qui s’attend au pire, avec une autre menace de surstock qui risque de s’aggraver. En tout cas, pour les acteurs de la vanille, cette crise trouve, en partie, son origine dans la mauvaise gestion de la vanille. Une filière qui est passée d’un extrême à l’autre en seulement quelques années. En effet, après une politique de restriction, sur fond de verrouillage et de monopole, la filière vanille est passée à une période de libéralisation qualifiée de sauvage par les observateurs. C’est cette politique de libéralisation qui est d’ailleurs reprise par le régime de la refondation. Les acteurs de la filière estiment, pour leur part, que la bonne solution consiste justement en une poursuite de cette politique libérale, mais avec des mesures d’accompagnement. « Les autorités doivent agir au niveau des utilisateurs pour relancer le label de la vanille de Madagascar et espérer ainsi une hausse de la demande », selon un exportateur. La filière vanille devrait également passer par des mesures adéquates pour diminuer la production et, par conséquent, réduire progressivement le stock existant. Des mesures dont les effets ne se sentiront probablement que dans les deux années, période normalement consacrée à la transition. Du moins si les dirigeants actuels ne comptent pas s’accrocher au pouvoir.
R.Edmond.




