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samedi, septembre 19, 2026
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Sillon du passé : Une liberté sous tutelle

Un dimanche qui marque l’histoire : la signature des accords de coopération.

Le 2 avril 1960, soit deux mois et vingt-quatre jours avant la proclamation officielle de l’indépendance, les accords de coopération sont signés entre la France et Madagascar. Une journée dominicale pas comme les autres, puisqu’il s’agit de l’avenir de la nation malgache. Derrière cet acte diplomatique se dessine déjà une indépendance sous tutelle.

Cet ensemble d’accords vise à maintenir des liens étroits, presque organiques, entre les deux États dans des domaines stratégiques. Sur le plan politique et diplomatique, une collaboration continue est instaurée. Militairement, la présence française est autorisée, accompagnée d’une assistance dans l’organisation de l’armée nationale. Sur le plan économique, Madagascar reste ancré dans la zone franc, bénéficiant d’un appui financier et technique, mais au prix d’une dépendance persistante. Ces accords s’étendent également à l’éducation, à la culture et à l’administration. Des coopérants français affluent pour former les cadres malgaches. Officiellement, il s’agit d’un transfert de compétences. Officieusement, beaucoup y voient une continuité déguisée.

Indépendance sous « père fusion »… perfusion

Le père de l’indépendance est bel et bien malgache, Philibert Tsiranana, mais l’Hexagone tient encore les rênes. En effet, certains conseillers au sommet de l’État sont français. On les surnomme, non sans ironie, « les vazaha du président ». Dans l’entourage du pouvoir, cela ne choque guère. Dans une interview, le vice-président Victor Miadana affirme : « On demandait leurs conseils », a-t-il affirmé. Une phrase anodine en apparence. Autrement dit, la Grande Île serait encore trop jeune pour tenir seule son destin. Mais en face, le ton est tout autre. Les opposants politiques, notamment l’AKFM (Antokon’ny Kongresy ho amin’ny Fahaleovantenan’i Madagasikara), dirigé par le « Pasteur rouge » Richard Andriamanjato, dénoncent avec vigueur l’ingérence française dans les affaires internes du pays. Pour eux, l’indépendance n’est qu’un mirage, un néocolonialisme maquillé.

La guerre idéologique continue

Donc, la nation assiste alors à un véritable affrontement idéologique, rappelant les tensions de l’époque coloniale. D’un côté, les partisans du PSD soutiennent la vision de leur fondateur. Méridien George Hasimbolaniaina, sympathisant de l’époque, résume cette pensée : « L’indépendance sans la France serait impensable. Nous étions fragiles. Il nous fallait de l’expérience. De plus, le déséquilibre régional était une réalité. Il fallait mettre toutes les provinces sur un même pied d’égalité. » Un argumentaire qui ne reste pas confiné aux cercles politiques. Il est diffusé, de manière subtile mais assez efficace, à travers ce que l’on appelle l’opération transistor, une politique mise en place au début des années 1960 pour démocratiser l’accès à la radio. Derrière cette initiative, une ambition est de porter la voix du régime jusque dans les zones les plus reculées, de façonner l’opinion, d’imposer un récit. Face à cela, l’opposition ne transige pas : elle réclame le départ immédiat de l’ancienne puissance coloniale.

Marianne et Gasikara : entre héritage colonial et attraction fatale !

Pendant près d’une décennie, Madagascar et la France avancent main dans la main, « construisant une structure étatique solide », dont les bénéfices semblent souvent pencher du côté de la dernière. Puis vient la rupture. En 1975, un homme de 39 ans, capitaine de frégate devenu chef d’État, Didier Ratsiraka, décide de couper le cordon ombilical avec la « mère patrie ». Une nouvelle ère s’ouvre. Madagascar devient la République démocratique de Madagascar, s’oriente vers le bloc de l’Est, tend la main à l’Union soviétique : un choix radical. L’histoire, elle, est plus nuancée car, malgré cette volonté de rupture, les relations bilatérales entre ces deux partenaires historiques ne disparaissent jamais vraiment. Après la chute de la Deuxième République, elles se recomposent, se renforcent même sous d’autres formes.

Aujourd’hui encore, la France et Madagascar entretiennent une relation complexe, faite d’attraction et de méfiance. En réalité, Marianne continue de séduire Gasikara. Une relation faite d’histoire, d’intérêts et d’ambiguïtés. Une relation que certains n’hésitent pas à qualifier de toxique.

Iss Heridiny

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