Cet article a été écrit par des étudiants en journalisme de l’université de La Réunion. Leur séjour à Diego a été financé par la faculté de Lettres et sciences humaines et la Direction de l’insertion professionnelle.
Les clans de foroches semblent moins violents qu’autrefois dans la capitale du Nord. Aujourd’hui, le terme désignerait simplement les jeunes délinquants.
Nadure, de son petit nom, a intégré une bande de foroches en 2007, nommée Air Force, alors qu’il était en classe de troisième. Ces clans de jeunes de quartiers se formaient afin de pouvoir se défendre les uns et les autres. Au sein de ces gangs, on trouve des enfants déscolarisés ou issus de familles pauvres, mais aussi des enfants “ayant des parents bien placés”, selon Benjamin Andrianaivoravelona Saingita, commissaire de police de la ville. Nadure dut quitter son clan, après avoir été chassé de la ville par les militaires qui voulaient “nettoyer” Diego, en 2009. Aujourd’hui dans la trentaine, il est désormais conducteur de tuk-tuk et a gardé de son passé une cicatrice sur le visage.
L’origine du mot foroche est incertaine : ce serait soit une déformation du mot “féroce”, soit du verbe “forcer”, à en croire les membres du clan Londres, issu du quartier Mahatsara. D’après le commissaire, le phénomène Foroche serait apparu en 2006-2007 ; depuis, on serait passé de “bandes de lycéens de 16 ans à des jeunes mineurs de 12 et 13 ans”. Et “tout le monde” serait devenu “foroche”, non pas parce que le phénomène s’est amplifié, mais parce que le terme s’est banalisé.

Tuk tuk, une activité salvatrice
« Au début, je ne voulais pas du tout faire partie de ces groupes mais à force d’être menacé au collège, j’ai dû m’intégrer en 2015 pour que les autres membres de mon clan me protègent ». Kennedy porte lui-aussi les cicatrices sur son torse d’une jeunesse marquée par des harcèlements scolaires dès sa classe de 6ème. Il montre un terrain vague où les bandes se battaient à coups de pierres. L’homme garde constamment les sourcils froncés, se méfiant des jeunes encore membres de clans qui pourraient lui en vouloir… Car en 2017, il a décidé de tourner la page et de devenir chauffeur de tuk-tuk. A 30 ans, il est fier au volant de son petit véhicule qui témoigne d’une vie transformée. Il a fait inscrire sur la carrosserie son surnom de clan, « Balongo », ainsi que son année de naissance, 1996. « C‘est la marque de ma résilience », explique-il avec conviction. En y associant sa date de naissance, il s’offre un rappel quotidien que l’identité peut évoluer et que le changement est possible à tout moment.
Bien que l’an dernier, des étudiants à l’université d’Antsiranana aient été attaqués par des foroches, un sous-brigadier du commissariat affirme qu’il y a “de moins en moins d’agressions dans les rues de Diego-Suarez”. La sécurité des jeunes serait assurée grâce à des patrouilles près des établissements scolaires et des lieux fréquentés, le matin et à midi. En revanche, des bagarres ont toujours lieu, reconnait le policier, “lors des soirées, d’événements comme les fêtes religieuses”. “Les Foroche ont profondément marqué l’image de Diego. Beaucoup ne veulent pas visiter la ville de peur d’être attaqués ”, regrette le policier. L’expression “aza atao foroche” a encore de beaux jours devant elle…
Naëlle Ekere, Dallia Anouna, Sydney Labelle





