Cet article a été écrit par des étudiants en journalisme de l’université de La Réunion. Leur séjour à Diego a été financé par la faculté de Lettres et sciences humaines et la Direction de l’insertion professionnelle.
Porté par les jeunes sous le symbole du renouveau et de l’espoir, le mouvement Gen Z ne faiblit pas à Diego. Ce jeudi 2 avril, sur le campus de l’université d’Antsiranana, la colère retentit toujours face à des changements qui se font attendre.
Les sifflets retentissent, un jeune pousse de grands cris pour attirer du monde. Tout le monde s’agglutine dans la cour du campus, au pied du bloc G, un logement décrépi et insalubre. Les étudiants frottent les couvercles des casseroles entre eux, faisant retentir un bruit assourdissant.
Les revendications sont toujours les mêmes. Gerlain Rabemanoely, étudiant en première année de master Modélisation mathématiques à l’ENSET (École normale supérieure pour l’enseignement technique) et président du collectif des étudiants à Antsiranana, fait retentir sa voix en premier : « Il y a encore des coupures d’eau et d’électricité et les chambres sont beaucoup trop chargées. » Les regards sont rivés sur lui, certains avec admiration, d’autres sans espoir. Pour cause, il n’y a pas grand-chose à constater : rien ne semble avoir changé. « Les bâtiments datent d’une quarantaine d’années. À l’époque de mon père, il y avait deux personnes par chambre seulement », déclare Randall Younkaz, vice-président du collectif des étudiants à Antsiranana, également en première année de master Modélisation mathématiques. Aujourd’hui, six, parfois neuf jeunes, sont entassés dans une seule pièce de quatre mètres carrés, sombre et étouffante.

Gerlain parle avec force et persuasion, mais sa voix tremble avec l’émotion : « Nous sommes l’avenir de cette nation ! » Elle traduit le ras-le-bol et la pression que la Gen Z subit au sein même de l’université. Car dénoncer les conditions serait tabou. Certains ne veulent pas en parler car ce serait « une honte » pour eux. Or, pour le vice-président du collectif des étudiants, « nous devons parler, nous devons oser, car si on ne le fait pas, il n’y aura aucun changement ».
Les demandes restent simples : logements conformes, de bonnes conditions pour étudier et un espace où l’on se sent en sécurité. Gerlain rappelle l’agression de deux jeunes étudiants aux abords de l’université, survenue récemment. « Il faut organiser des patrouilles, proposer un couvre-feu à l’université et installer des lampadaires », suggère-t-il.
Descendre dans la rue
Randall évoque les mêmes difficultés. Mais son message est porteur d’espoir : « Nous ne devons pas avoir peur et rester soudés. » Cette déclaration fait surtout écho aux blessés et à un de leurs camarades, tué par les forces de l’ordre aux débuts des manifestations, qui ont eu lieu dans tout le pays en septembre 2025. À Diego, « les étudiants sont sortis pendant un délestage et ils sont directement allés en ville pour réclamer électricité et eau », rappelle André Mbola, porte-parole du président de la Gen Z et professeur d’anglais à l’université. Le mouvement a alors pris de l’ampleur, conduisant une grande partie des habitants de Diego à manifester. « Il y a eu trois morts pendant les manifestations. L’ex-président Andry Rajoelina a déclaré qu’ils le méritaient, ça a alimenté la colère de la population », témoigne le président de la Gen Z, Christian Heritiana. Face aux coupures d’eau et aux délestages, les promesses du nouveau pouvoir affluent, suscitant doute ou espoir. « Avant, le président n’était pas accessible, mais le colonel Michael Randrianirina écoute un peu plus. En l’occurrence, les jeunes peuvent dialoguer avec lui », estime Christian Heritiana.

De leur côté, le président de la Gen Z et son porte-parole continuent d’inciter les jeunes à s’exprimer et à faire entendre leurs revendications. Ils font également des propositions à l’État. « Nous devons améliorer le système, avoir une décentralisation et nous devons écouter les idées des jeunes », déclare André Mbola avec fermeté. « Nous avons prévenu le gouvernement que s’il n’y a aucun changement, nous allons descendre dans la rue », prévient Gerlain.
Dallia Anouna et Constance Sautron





