
À 27 ans, Sophie Randria, originaire de Tananarive, incarne aujourd’hui l’esprit de la persévérance malgache en terre française. Née et élevée à Tana, elle a quitté Madagascar après son bac pour poursuivre ses études en France. Comme beaucoup de jeunes de la diaspora, elle a dû s’adapter à une nouvelle vie, loin des racines et des repères familiers. Mais c’est en 2026 qu’elle a pris une décision qui a tout changé : s’inscrire au Hyrox de Toulouse, une compétition de fitness hybride qui allie endurance et force musculaire. Elle s’est lancée dans l’épreuve Doubles Femmes aux côtés de sa meilleure amie du lycée, Jessica Andriamalala. Ensemble, elles ont affronté une catégorie très disputée comptant pas moins de 1 696 participantes.

Le Hyrox
Créé en 2017 en Allemagne, le Hyrox est devenu en quelques années le « World Series of Fitness Racing ». Le concept est simple et ultra-codifié : 8 kilomètres de course à pied en salle (1 km x 8), entrecoupés de 8 stations d’entraînement fonctionnel. Le parcours est toujours le même partout dans le monde : SkiErg, Sled Push (poussée de traîneau), Sled Pull (traction de traîneau), Burpee Broad Jumps, Rowing (rameur), Farmers Carry (portage de charges), Sandbag Lunges (fentes avec sac de sable) et Wall Balls (lancers contre un mur). Accessible à tous les niveaux : Open, Pro, Doubles ou Relais, cette course indoor se déroule dans de vastes halls d’exposition et permet même des classements mondiaux. En France, l’événement a explosé : après un succès retentissant à Toulouse en mars 2026, au MEETT (Parc des Expositions), des milliers d’athlètes amateurs et confirmés s’y sont mesurés. Pas besoin d’être un athlète de haut niveau : c’est justement ce qui séduit des profils comme Sophie.

Détermination
Sophie n’avait pourtant rien d’une coureuse. «A la base, je déteste courir », confie-t-elle avec le sourire. Après son brevet, elle avait complètement arrêté la course à pied. Elle pratiquait le CrossFit depuis près de deux ans, mais la course restait son point faible. Un soir de 2026, à 22 heures, elle s’inscrit sur un coup de tête avec sa meilleure amie du lycée, Jessica Andriamalala. « Je me suis dit : je vais sortir de ma zone de confort, tester de nouvelles choses et ne plus me limiter à ce que je sais faire ». Sans aucune préparation spécifique, à deux mois seulement de la compétition, elle se remet à courir… presque 15 ans après !

Le défi était énorme
Passer d’une jeune femme qui n’aimait pas courir à enchaîner les kilomètres a demandé une discipline de fer. « Ça m’a rendue régulière à la salle de sport, mais surtout ça m’a permis de me surpasser moi-même ». Malgré un emploi du temps aléatoire, journées de travail longues, retours à 22 heures, Sophie s’entraînait quand même. « Je ne pensais pas que j’en étais capable. Et pourtant, je l’ai fait ». En quelques semaines, elle est passée à 15-20 km de course par semaine.

Défi
Le jour J, à Toulouse, Sophie et son amie ont terminé en 1h45min02 s (temps officiel affiché). Mais avec deux tours de piste en plus et deux pénalités dues à une mauvaise compréhension des consignes, elle estime avoir couru l’équivalent d’1h30. « On peut dire qu’on l’a fait en 1h30 sans les 2 runs en plus et les 2 pénalités », lance-t-elle avec humour. Sur le moment, elle est sortie frustrée : elle s’était fixé1 h30 et n’avait pas atteint son objectif. « Après l’avoir terminé, j’étais triste, déçue, mais pourtant fière et contente de l’avoir fini ». Pourtant, avec le recul, elle ne retient que le positif. « Franchement, je n’ai pas eu de moment dur. Je suis partie en kiffant et c’était réellement un plaisir. J’appréhendais la course, mais finalement c’est la partie où je me suis sentie super bien ». Tout a été fluide : les stations, les 8 km… elle n’a quasiment rien senti grâce à son entraînement.

Fierté
Aujourd’hui, Sophie mesure l’impact profond de cette aventure. « Mon inscription à l’Hyrox, c’est vraiment la meilleure décision que j’ai prise depuis 2026. Ça m’a appris et changé sur tellement d’aspects ». La régularité, la discipline, la capacité à se surpasser : ces qualités ont transformé son quotidien. Même fatiguée, elle allait à la salle. « Ça m’a déjà permis d’être régulière à la salle de sport, mais aussi de me surpasser et surtout d’être disciplinée ». En tant que Malgache, elle est fière. « Avec du recul, je suis plutôt fière de moi. Parce que j’ai donné le meilleur de moi-même, et même si ça ne s’est pas passé comme prévu, je n’ai pas lâché et je suis allée jusqu’au bout ».
Message
Son message aux jeunes Malgaches est clair et motivant : « Foncez ! Il n’y a pas de bon moment. Si tu veux le faire, alors fais-le maintenant. En général, les gens ont peur de se lancer parce qu’ils pensent qu’ils ne sont pas assez bien ou assez forts. Mais on commence tous quelque part, personne ne naît sportif, on le devient. Et c’est avec de la discipline et de la persévérance qu’on réussit. Parce que quand on veut vraiment, on peut. Ta seule limite, c’est toi. Alors fais-le ! » Sophie Randria n’a pas dit son dernier mot. Elle compte bien revenir plus forte pour battre son objectif d’1h30. Son parcours prouve que, de Tana à Toulouse, la volonté malgache peut déplacer des montagnes… ou plutôt, enchaîner 8 km et 8 stations sans jamais lâcher.
Dossier recueilli par Heriniaina Samson




