
Derrière cette marche annoncée, c’est une nouvelle épreuve de force qui se profile entre une jeunesse déterminée et un pouvoir qui n’entend rien céder.
Ils n’avaient pas disparu. Sept mois après leur irruption fracassante dans le paysage politique du pays, la « Gen Z Madagasikara » revient sur le devant de la scène. Aujourd’hui, le mouvement appelle à une marche « pacifique » dans les rues d’Antananarivo, avec un itinéraire hautement symbolique. Départ à Ambohijatovo, arrivée sur la place du 13 mai à Analakely, épicentre historique des contestations politiques dans la Grande île. Au cœur de cette nouvelle mobilisation, des revendications sans détour, dont la dissolution de l’Assemblée nationale, de la Haute Cour constitutionnelle (HCC) et de la Commission électorale. Une remise en cause frontale de l’architecture institutionnelle actuelle.
Dans une publication largement relayée sur les réseaux sociaux, la « Gen Z Madagasikara » affirme que les autorités n’ont pas répondu à leur ultimatum de 72 heures. Un silence interprété comme un refus, et qui a précipité l’appel à descendre dans la rue. Le ton est donné. Il ne s’agit plus seulement de protester, mais de contraindre : « Remettre tout à plat », selon les termes du mouvement. Une ambition qui dépasse le simple cadre d’une mobilisation ponctuelle pour s’inscrire dans une logique de rupture politique. Face à cette montée en pression, les autorités jouent pour l’instant la carte du silence. Aucun communiqué officiel, aucune prise de parole publique, à quelques heures de la marche. Une absence de réaction qui contraste avec l’agitation perceptible dans les cercles proches du pouvoir.
Reset politique
Les soutiens du régime affichent déjà leur ferme opposition aux revendications de la Gen Z, dénonçant une remise en cause jugée déplacée de l’ordre institutionnel. Le président de la Refondation, Michaël Randrianirina, n’a d’ailleurs jamais varié sur ce point. À plusieurs reprises, il a rappelé que « la dissolution des institutions n’est pas possible », invoquant la décision de la Haute Cour constitutionnelle, en octobre 2025, qui garantit le maintien de l’ordre constitutionnel. Pour le pouvoir en place, la ligne rouge est claire, jusqu’à présent : aucune concession sur la stabilité des institutions. Deux visions s’entrechoquent ainsi de manière frontale. D’un côté, une jeunesse mobilisée qui conteste la légitimité des structures actuelles et réclame un reset politique complet. De l’autre, un exécutif qui s’arc-boute sur la légalité constitutionnelle et refuse toute remise en cause du cadre en place.
Mais au-delà des discours, c’est sur le terrain que tout se jouera. Une question hante les esprits : quelle sera la réaction des forces de l’ordre ? Le souvenir des événements de septembre et octobre 2025 reste encore vif. À l’époque, les premières mobilisations de la Gen Z avaient été accueillies par une répression violente. Gaz lacrymogènes, dispersions musclées, tensions généralisées. La rue avait été le théâtre d’affrontements intenses. Paradoxalement, cette stratégie sécuritaire avait produit l’effet inverse. L’escalade des violences avait contribué à fragiliser le régime en place, jusqu’à précipiter sa chute. C’est dans ce contexte de crise qu’a émergé Michael Randrianirina, aujourd’hui à la tête du pouvoir. Sept mois plus tard, le décor a changé, mais les lignes de fracture demeurent.
La Gen Z revient avec une posture qui se veut apaisée, « pacifique », insiste le mouvement, tout en maintenant des exigences radicales.
Rija R.


