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samedi, septembre 12, 2026
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Diégo-Suarez : La guerre des logements étudiants

Depuis les émeutes de novembre, la situation au sein de l’université d’Antsiranana s’est un peu calmée. Des étudiants ont pu récupérer les logements des enseignants, mais d’autres dorment encore dehors ou dans des pièces surpeuplées.

À l’université d’Antsiranana, la vie étudiante est une épreuve du combattant. Au rez-de-chaussée d’un bâtiment décrépi de trois étages, le « bloc karaté », la réalité dépasse la norme. À l’entrée d’une chambre universitaire, une table supporte des marmites, reposant en équilibre sur des pierres, alimentées par des fils électriques dépassant des murs. Au sol, des sacs de riz et des bidons d’eau jaunes. L’intimité est réduite à son strict minimum : isolée par un rideau, une douche par étage est mise à disposition dans le couloir ; les toilettes, elles, sont hors service. Une petite table en bois est installée dans la pièce : elle sert à cuisiner, faire la vaisselle et les devoirs. Aucune chaise, seulement un petit tabouret en bois. Dans ces chambres initialement conçues pour trois résidents, neuf personnes sont entassées sur des lits superposés en bois, dans une atmosphère étouffante et humide.

Expulsions illégales ?

Selon un ancien employé du Centre régional des œuvres universitaires (Crou), le campus d’environ dix mille étudiants a une capacité de logement de seulement trois mille sept cents lits. De son côté, la présidence de l’université n’a pas souhaité confirmer ni donner la moindre information. Ce manque de places sur le campus est à l’origine d’affrontements violents survenus en novembre dernier, opposant des étudiants aux professeurs et personnels administratifs qui occupaient des logements préfabriqués depuis les années 2000. Stévio Avizala, en anthropologie culturelle, dénonce : « Beaucoup d’étudiants dorment dehors et devant les salles de cours, alors que de nombreux enseignants étaient logés sur notre campus, ce n’est pas normal ». Une fois titularisés, les enseignants, ainsi que les personnels administratifs et techniques, devaient, semble-t-il, quitter les logements réservés aux étudiants pour aller habiter en centre-ville. « Ils ont les moyens de louer, puisqu’ils touchent un salaire régulier », estime Hery, en première année de master Économie et génie civil. Les étudiants, eux, ne perçoivent qu’une bourse mensuelle de 20 000 ariarys. Et encore, quand elle est versée… Deux cités distinctes existent, la cité étudiante et la « cité des professeurs », mais les règlements sur les conditions de résidence restent flous. Raonirivo Rakotoarijaona, conseiller technique à la présidence de l’université, tente de démêler l’écheveau : « Pendant deux ans, les nouveaux enseignants peuvent habiter dans la cité étudiante, exclusivement là où les travaux n’ont pas été achevés ; ensuite, ils doivent partir ». Ce n’était pas le cas : les étudiants ont donc lancé un ultimatum pour que ceux qu’ils estiment être des « squatteurs » évacuent les lieux. Or, estime le conseiller, « ils n’avaient pas l’autorité sur les logements, biens de l’État. De telles expulsions forcées sont illégales ». D’ailleurs, les enseignants concernés ont refusé de partir, et le désaccord a dégénéré en véritable guérilla.

« On l’a lapidé »

Marqué par la violence des heurts auxquels il a participé, Randall, étudiant en troisième année de licence Génie civil, témoigne de la brutalité des faits : « Des personnes de l’extérieur sont venues nous attaquer par surprise, le soir, avec des couteaux et des cailloux ». D’après certains étudiants, ces foroches auraient été payés par les enseignants et les personnels qui souhaitaient se défendre et rester sur place. Mais un professeur assure, lui, qu’il ne s’agissait pas de jeunes délinquants, mais d’habitants du quartier Lazaret, « venus pour secourir les personnels ligotés ».

Chaque camp a en tout cas procédé à des enlèvements, qui ont conduit à la mort d’un adolescent de 15 ans. « On l’a lapidé », reconnaît un étudiant… Raonirivo Rakotoarijaona accuse « des jeunes cagoulés » d’avoir kidnappé « trois personnels administratifs et deux enseignants, sans même essayer de négocier ». Jean, inscrit à l’École normale supérieure de l’enseignement technique (Enset), impliqué dans les affrontements, revient sur la fin du conflit : « Les professeurs sont partis le soir, on a réussi à récupérer les préfabriqués. Malheureusement, une partie des logements a fini brûlée ». Pour se venger, les riverains du campus auraient mis le feu à trois bâtiments : deux préfabriqués qui logeaient des étudiants et un petit entrepôt.

Avant de quitter les lieux, plusieurs enseignants ont carrément saccagé leur logement et dérobé portes et fenêtres. Depuis, « chaque étudiant cotise pour essayer de réparer les préfabriqués, car l’université ne finance rien », se désole Hery. Lui a eu la chance de s’installer dans l’un des logements libérés. Le préfabriqué abrite trois lits : certains dorment en couple sur leur couchette, séparée des autres lits par des rideaux. Un pieu en bois soutient la toiture pour qu’elle ne s’écroule pas. Le dortoir est chaud et humide, l’eau n’est disponible que tous les trois jours, mais les conditions de vie sont nettement meilleures que dans les autres blocs étudiants.

Aujourd’hui, la situation sur le campus est moins tendue mais reste précaire. « Certains élèves ne sont plus inscrits et occupent illégalement des logements ; d’autres hébergent leur petit(e) ami(e). C’est pour cela qu’il y a une surcharge », dénonce un agent administratif qui a souhaité rester anonyme. Il poursuit en dénonçant des actes de vandalisme : « Ils volent les plantations du Lazaret », le quartier de Diego où est implanté le campus. Un prof de sciences défend, au contraire, les étudiants : « Ils ont eu raison de chasser les enseignants, les conditions de vie de mes élèves sont inhumaines et lamentables ». Après les affrontements, une partie des étudiants a quitté le campus, sous pression. « On est partis pour notre sécurité. Certains n’ont pas pu revenir, faute de moyens », affirme Ruphin Randriamita-Dimanana, en cinquième année à l’Institut universitaire des sciences de l’environnement et de la société.

« Zones rouges »

Pour survivre, tout un monde s’est structuré au pied des blocs : des vêtements sont étendus pour sécher ; des étudiants lavent leurs habits dans des bassines d’eau, proposent des services de coiffure et vendent des fruits et légumes. Au sein du campus universitaire, des bœufs, des poules et des chèvres broutent, surtout autour des logements étudiants. Les voies pour passer d’un bâtiment à un autre sont en terre, parfois inondées et parsemées de déchets. Le président de la Refondation, Michaël Randrianirina, venu sur place apaiser la situation en janvier dernier, a promis la construction d’un logement étudiant de 99 chambres et 300 places. À ce jour, rien n’est encore sorti de terre : des jeunes dorment dans des tentes fournies par le Bureau national de gestion des risques et des catastrophes ; d’autres passent même la nuit dehors, à même le sol cimenté des couloirs. Côté enseignants, certains, qui habitaient dans les logements convoités, ne se rendraient plus sur le campus, craignant pour leur sécurité. Des « zones rouges » seraient même encore tenues par les foroches, au sein du campus. « À partir de 19h, on ne sort plus. Les foroches continuent de s’introduire dans le campus lorsqu’il n’y a plus d’électricité », affirme un étudiant. Pourtant, selon un cadre administratif de l’université, « il y a une réconciliation avec les habitants du Lazaret », d’où sont justement originaires les foroches…

Tanyah Abdou Madi et Jérémy Pelops

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