
Face à l’impatience qui gagne une partie de l’opinion, le président de la Refondation a joué la carte de la franchise, hier, à l’ouverture de la Concertation nationale des jeunes. Tout en reconnaissant un glissement de calendrier, il appelle à la cohésion pour bâtir la nouvelle République.
Le ton était à la fois solennel et pédagogique, hier, au Centre de conférences international (CCI) d’Ivato. Devant un parterre de jeunes venus des quatre coins de l’île, le colonel Michaël Randrianirina a abordé de front le sentiment de désillusion qui commence à poindre au sein de la population. Sans détour, il a reconnu la légitimité des doutes tout en plaidant pour la patience. « Faire les choses n’est pas facile ; ce n’est pas en 5 ou 6 mois que l’on change tout radicalement, mais c’est un long processus qui nous permettra de transformer la situation », a-t-il déclaré d’emblée, soulignant que cette métamorphose ne pourra se faire que de manière inclusive.
Architecture républicaine. Tout en réaffirmant sa fidélité aux principes de la lutte initiale, « J’ose affirmer que je ne me suis pas écarté des principes que nous avons défendus », le numéro un de la Refondation a tenu à présenter des excuses officielles. Le point de friction ? Le calendrier. « La seule chose pour laquelle je demande pardon au peuple malgache et à vous, les jeunes, c’est le retard du lancement de cette Concertation nationale », a-t-il confessé. Pour le colonel, ce rendez-vous est pourtant crucial, puisqu’il constitue le « socle » même de la nouvelle architecture républicaine. Un mea culpa qui a toute sa signification dans un contexte où une frange de la Gen Z réinvestit, depuis près d’une semaine, les rues de la capitale pour réclamer la dissolution des institutions de la Quatrième République.
Nouveau contrat. Pour Michaël Randrianirina, le dialogue reste l’unique issue aux crises latentes qui rongent le pays. Loin d’être une « simple réunion » de plus, cette concertation au CCI Ivato vise, selon ses termes, à établir un « nouveau contrat » basé sur une discipline mutuelle. L’objectif est clair : corriger les lacunes qui freinent le développement de la Nation. Tout en se disant conscient des souffrances quotidiennes de ses compatriotes, il a exhorté à un « regard neuf » sur les méthodes de travail de l’État.
Unité nationale. L’un des moments forts de son discours a été l’appel direct lancé à la jeunesse, souvent perçue comme un levier de contestation. « N’acceptez pas d’être utilisés comme des outils pour servir les intérêts personnels de certains, ni comme des instruments pour déstabiliser le pays », a-t-il martelé avec force. Pour le Président de la Refondation, la diversité des participants doit être un atout pour l’unité nationale et non un prétexte à la division. En tout cas, cet événement a permis de rappeler les étapes déjà franchies depuis le 25 septembre 2025. La Politique générale de la Refondation entre désormais dans une phase active. C’est cette Concertation nationale qui aura la lourde tâche de dessiner les contours de la future Constitution et du futur code électoral. Des étapes jugées indispensables pour mener Madagascar vers une nouvelle République stable. Reste à savoir si ce plaidoyer pour le temps long saura apaiser l’urgence sociale qui gronde à l’extérieur des murs du CCI.
Julien R.


