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mardi, septembre 29, 2026
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Repères sociaux : Les Malgaches, en profondes mutations

Souvent décrite comme une crise, la question identitaire à Madagascar recouvre en réalité une transformation profonde des repères sociaux. Entre héritages ancestraux et influences contemporaines, les formes d’identification évoluent. Une étude scientifique du Dr Faratiana Marie Véronique sur les coiffures Sakalava permet d’en saisir les dynamiques concrètes et mesurables.

Les diverses réactions citoyennes et malgaches, à la suite de la tenue du festival Tsapiky à Toliara la semaine dernière, interpellent sur une question épineuse et aux enjeux capitaux à Madagascar. Celle de la « crise identitaire » à Madagascar ne correspond pas à une perte d’identité, mais à une coexistence conflictuelle de plusieurs systèmes identitaires. Ces propos lourds de sens décrivent la situation malgache, où l’identité ne se réduit pas à une définition unique. Elle s’inscrit dans une superposition de systèmes « combinant appartenance aux ancêtres, ancrage territorial, héritages ethno-historiques, mais aussi référents nationaux et influences globalisées ».

Avant. Pendant longtemps, ces différents niveaux ont structuré la société en offrant des repères stables et immédiatement lisibles. Ce qui ne serait plus le cas actuellement. Cette cohérence est mise à l’épreuve. L’urbanisation, la mondialisation et les transformations économiques introduisent de nouvelles normes, souvent centrées sur l’individu. Ces modèles entrent en tension avec les logiques traditionnelles, fondées sur le collectif et la continuité. Pour plusieurs chercheurs, « le résultat n’est pas une disparition de l’identité, mais une difficulté croissante à en assurer la lisibilité ». Madagascar ne manquerait pas d’identité : il en possèderait plusieurs, qui coexistent sans toujours s’articuler.

Langage. C’est dans ce contexte que l’étude du Dr Faratiana Marie Véronique, intitulée « Coiffures traditionnelles Sakalava : langage culturel, marqueur social et vecteur de transmission identitaire en contexte de mondialisation », apporte un éclairage décisif. Basée sur une enquête de terrain rigoureuse, combinant observations, entretiens qualitatifs et données quantitatives recueillies auprès de 203 coiffeuses et tresseuses, cette étude montre que les coiffures Sakalava constituent un véritable système de communication sociale. Traditionnellement, ces coiffures fonctionnent comme un langage codé. Elles indiquent l’âge, le statut social, la situation matrimoniale ou encore les moments rituels. Le corps, et en particulier les cheveux, devient ainsi un support visible de l’identité. Dans ce système, l’appartenance sociale est immédiatement lisible, partagée et comprise collectivement. Mais l’étude met surtout en évidence un phénomène clé selon lequel « ces pratiques ne disparaissent pas sous l’effet de la mondialisation ». « Elles se transforment. Les styles traditionnels cohabitent désormais avec des influences contemporaines, donnant naissance à des formes hybrides », peut-on y lire. Cette hybridation traduit un basculement profond : l’identité n’est plus uniquement héritée, elle devient également construite, ajustée et parfois stratégique.

José Belalahy

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