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samedi, septembre 26, 2026
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Lu pour vous : Une unique lueur de Fred Vargas

« Vous avez regardé les photos, Danglard ? De la scène du crime ? », demanda Adamsberg. « Cela va de soi. » « Et donc ? Cela vous dit quelque chose ? Parce qu’à moi, oui. » « Tiens. Et cela vous raconte quoi ? » « Mais justement, rien. C’est quelque chose que je ne sais pas alors que cela me dit quelque chose. Donc ? » « Aucune idée. » « Faites un effort, nom d’un chien. » « Désolé, commissaire », dit Danglard avec une pointe d’indifférence. « Bien. Réunion plénière dans quinze minutes. Il nous faut comprendre. » « Comprendre quoi ? » « Mais le quelque chose, commandant. On commence par là… »

Oui, il y a des romans policiers savants, astucieux, insolites, voire fougueux et insolents. Fred Vargas est de cette famille, elle se joue du style et de la rhétorique. Dominante, elle bouscule les précieux et les genres, elle tisse sa toile de nuances, choisit sa tapisserie à sa guise, avec fantaisie ou gravité, la verve haute et la plume voyageuse. Elle revient fêter ses quarante ans d’écriture en beauté. La romancière et reine du rompol est de retour, très en forme : l’une des autrices les plus singulières et originales de l’Hexagone signe un roman policier qui a de l’allure, leste avec les mots, tout en beauté et en poésie. Il est vrai que son précédent opus, Sur la dalle, un roman un poil décevant, nous avait largement laissés sur notre faim. Comme si la magie avait disparu…

Avec son nouveau roman, elle réapparaît dans la lumière. Son cher commissaire Adamsberg est toujours ce rêveur impénitent, contemplatif, aux raisonnements souvent compréhensibles de lui seul, mais enquêteur et renifleur hors pair. Et puis il y a son adjoint Danglard et toute sa fine équipe aux talents certains, des hommes et des femmes attachants, décalés, mais constamment au cœur de l’action et doués pour l’observation et la jugeote. Dans ce nouvel opus, Fred Vargas et le commissaire Adamsberg reprennent du service, entre Paris et Hollywood. Une intrigue qui débute par le meurtre étrange d’une jeune femme d’une éblouissante beauté, dans une rue pavée de Paris. L’assassin a laissé des fleurs près de sa victime, lui a enfilé une alliance au doigt, un bracelet au poignet, et a maquillé sa victime. Enfin, il l’a vêtue d’un tailleur pied-de-poule aux épaules carrées et à la taille cintrée. Une scène criminelle qui suscite bien des interrogations et va déclencher chez notre commissaire une série de divagations et de déambulations pour le moins oiseuses. Puis une deuxième victime sur le même mode opératoire… Une mystérieuse affaire qui offre bien des pistes : il est question du célèbre poème de Gérard de Nerval, El Desdichado, mais aussi de la sublime Lauren Bacall. Bref, sans rien vous dévoiler, l’auteure s’amuse à nous balader, à déplacer son commissaire et une partie de son équipe à Los Angeles. On se dit que Vargas est partie dans une histoire un poil vertigineuse, aux contours incertains. Pas du tout. La plume est envoûtante, le verbe truculent, la mécanique est aussi soignée que somptueuse, l’intrigue subtile et fascinante : un roman policier délicieux et implacable qui mêle l’investigation criminelle et l’univers du cinéma. Un polar qui nous séduit dès les premières pages et nous enchante jusqu’à la dernière. Fred Vargas renoue avec le meilleur de son œuvre, pour notre plus grand bonheur. Un très bon cru. Une belle réussite.

Zo Toniaina

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