
Le président de la Refondation, le Colonel Michaël Randrianirina, poursuit les descentes sur le terrain. Entre coupures de rubans et mannes financières distribuées aux populations, l’exécutif affiche un activisme remarquable.
L’agenda présidentiel ne désemplit pas. Après avoir goûté à la ferveur populaire lors du Festival Tsapiky à Toliara, le chef de l’État, le Colonel Michaël Randrianirina, a entamé un week-end de « coupures de rubans » dans les régions Itasy et Vakinankaratra. Samedi dernier, le timing était serré, mais le résultat est là : le nouveau camp du Groupement de la Force Spéciale d’Intervention (GFSI) à Arivonimamo et l’agence de la Banky Foiben’i Madagasikara (BFM) à Antsirabe ont été officiellement livrés.
Continuité de l’État. Dans cette course aux « zava-bita » (réalisations), le régime semble vouloir occuper tout l’espace, tant géographique que médiatique. Si le Président s’active sur les grands chantiers, ses lieutenants ne sont pas en reste. À Ambatobe, dans la même journée de samedi, c’est le Haut Conseiller de la Refondation, le Général Marcelin Ranoelison Zafitasondry, qui a représenté le régime, lors de l’ouverture de la première clinique universitaire et vétérinaire. Officiellement, ces projets s’inscrivent dans le principe de la « continuité de l’État ». Officieusement, chaque plaque dévoilée et chaque discours prononcé permettent au pouvoir de marquer son territoire sur un échiquier politique de plus en plus tendu.
Générosité affichée. À chaque étape, le scénario est rodé : une infrastructure livrée, un discours empreint d’empathie et une aide directe à la population. À l’Université de Toliara, les étudiants ont bénéficié d’un nouveau forage, tandis que le Centre de formation des infirmières et sages-femmes voyait enfin le jour le 19 avril dernier. À Fianarantsoa, ce sont le sport et l’éducation qui étaient à l’honneur, avec l’inauguration de l’Institution de formation interrégionale des paramédicaux (IFIRP) à Antambohobe, ainsi que la livraison de nouvelles infrastructures à l’École normale supérieure (ENS) : amphithéâtre, salles de classe en R+1 et terrains de basketball. Outre le béton, le Colonel Michaël Randrianirina mise sur une générosité affichée pour séduire les foules. Les chiffres annoncés lors des déplacements donnent le tournis : 50 millions d’ariary par fokontany à Tuléar, ou encore 40 millions d’ariary distribués à Ihosy au titre du « nofo-jenamitam-pihavanana ». Cette diplomatie du portefeuille, couplée à une présence physique constante sur le terrain, dessine le portrait d’un président qui veut se montrer à l’écoute des difficultés quotidiennes des Malgaches.
Véritable changement. Toutefois, ce dynamisme, de façade ou non, ne dissimule qu’en partie les impatiences de l’opinion. Si les inaugurations s’enchaînent à la vitesse d’un… TGV, pour reprendre une métaphore bien connue, le « véritable changement » promis par la Refondation semble, lui, marquer le pas. Entre la symbolique des rubans coupés et la réalité du panier de la ménagère, le fossé reste béant. Beaucoup d’observateurs s’interrogent sur l’efficacité à long terme de ces interventions ponctuelles. En attendant la tenue de la fameuse Concertation nationale, censée redéfinir les bases de la gouvernance du pays, le régime semble avoir choisi sa méthode : saturer le terrain pour ne pas laisser de place au vide, tout en espérant que la multiplication des « zava-bita » suffira à faire oublier la lenteur des réformes de fond. Le marathon continue, mais la ligne d’arrivée reste floue.
Julien R.


