Madagascar manquerait-elle à ce point de personnages historiques ? Il arrive parfois que la tentation de trouver d’autres modèles à exhiber suscite une réflexion profonde. En rapprochant systématiquement nos dirigeants des grandes figures africaines, certains semblent vouloir remplir un vide qui n’est pas réellement là.
Mais alors, que doit-on faire avec les trajectoires de Venance Manifatra, Tata Max, Monja Jaona, Joseph Jaozandry, Rabozaka ou Rabezavana ? On dirait que leur héritage est mis de côté, tandis qu’on évoque presque automatiquement des figures comme Thomas Sankara. Une comparaison d’autant plus mordante si l’on se souvient que ce dernier a été formé à l’Académie militaire d’Antsirabe, en compagnie de jeunes originaires de la Grande île. Cela prouve que les parcours ne sont jamais complètement étrangers.
Discours en altitude, atterrissage en confusion. Le spectacle prend une tournure particulièrement captivante lorsque, manifestement inspiré, un membre du gouvernement élabore une allocution sommairement préparée pour attirer l’attention du « chef ». Dans une démarche presque solennelle, il l’invite à se lever, comme pour confirmer qu’il correspond bien à l’image mentionnée. Et le public, déjà séduit, applaudit avec enthousiasme et impatience pour enfin voir commencer le tsapiky. Imprégné de l’atmosphère, le mpikabary de qualité paraît avoir négligé un détail : les contextes ne s’entremêlent pas si aisément. Le modèle de Madiba n’est pas adaptable à la demande… Entre ciel et mer, contemplant la côte africaine à travers le hublot, l’inspiration lui est probablement venue d’elle-même, portée par le souvenir des 27 années de captivité du leader de l’ANC derrière les barbelés de Robben Island.
Refondation ou répétition en rénovation. Ce type de représentation révèle beaucoup sur certaines pratiques politiques, où l’image et la valorisation du « patron » tiennent un rôle primordial. Cependant, il n’y a pas si longtemps, les dirigeants de haut niveau déclaraient leur intention de mettre fin à ces coutumes, déclinant l’idée que leur image soit exposée dans les bureaux administratifs. Une bonne intention, mais manifestement ardue à préserver. Actuellement, certaines personnes tentent de rétablir cette présence murale, avec tout ce qu’elle implique en sous-texte : respect, admiration ou simple conformité. Les compliments élogieux ne se font jamais attendre.
Au final, le décor évolue très peu. Les formes changent, mais les réflexes persistent. La « refondation » paraît principalement impliquer la réorganisation de l’existant, sans véritablement s’en défaire.
Iss Heridiny


