
Six mois après le changement de régime, l’enthousiasme laisse place à l’inquiétude. Dans un communiqué conjoint publié hier, les organisations de la société civile et les mouvements de jeunesse dénoncent l’absence de transformations tangibles. Entre tâtonnements, opacité et retour des pratiques d’intimidation, ils exigent une « rupture » radicale avec le passé.
Le changement n’est pas seulement une question d’hommes, c’est une question de système. C’est, en substance, le message fort envoyé hier par une partie des forces vives de la nation aux actuels dirigeants. Six mois après la chute de l’ancien régime, le constat dressé par les OSC et les jeunes est sans concession : la « Refondation » promise semble s’être égarée dans les couloirs des ministères centraux, au détriment d’une transformation réelle des institutions.
Missions coûteuses. Ce qui préoccupe le plus ces observateurs, c’est le maintien de structures et de personnalités jugées responsables de la déroute économique actuelle. Le communiqué pointe du doigt un gaspillage persistant des ressources publiques à travers des missions coûteuses, tandis que l’absence de transparence continue de nourrir le terreau de la corruption. Plus grave encore, les organisations notent un recul inquiétant des acquis démocratiques. Le retour des intimidations, des arrestations arbitraires contre les voix discordantes et l’émergence d’un culte de la personnalité rappellent les heures les plus sombres des dérives autocratiques. « Un dirigeant engagé pour la justice ne peut réussir qu’en rompant avec les pratiques ayant conduit à l’appauvrissement du pays », rappellent les jeunes.
Thérapie de choc. Face à ce qu’ils qualifient de « blocage », les acteurs de la société civile proposent une thérapie de choc. Ils appellent à l’organisation rapide d’une préconcertation inclusive devant aboutir à une « Charte de la transition pour la refondation ». Ce document devrait, selon eux, suspendre d’office la Constitution actuelle pour permettre la mise en place de nouvelles institutions. Sont particulièrement visées la Haute Cour constitutionnelle (HCC) et la Commission électorale nationale indépendante (CENI). La réforme de ces instances doit, selon le communiqué, privilégier la compétence et l’intégrité, avec un processus de sélection transparent et diffusé en direct sur les médias publics.
Décentralisation effective. La jeunesse, fer de lance des récents changements, ne veut plus se contenter d’un rôle de figurant. L’exigence est claire : une représentation d’au moins 30% dans toutes les instances décisionnelles de la transition, notamment au sein d’une future Assemblée constituante. Sur le plan social et économique, l’appel insiste sur une décentralisation effective. Cela passe par une augmentation significative des budgets gérés directement par les communes et un redéploiement équitable des fonctionnaires, aujourd’hui trop concentrés dans les ministères centraux à Antananarivo. En s’adressant directement au président de la Refondation de la République (PRRM), la société civile et les jeunes placent le pouvoir devant ses responsabilités : la refondation sera inclusive ou ne sera pas.
Julien R.




