
« Les relations entre la France et Madagascar sont celles d’un couple illégitime : on s’aime, on se dispute, on se réconcilie et on recommence ».
Quai d’Orsay
Ferdinand Deleris, qui a beaucoup écrit sur les relations entre les deux pays, du XVIIe au XXe siècle, ne croyait pas si bien dire, à propos du couple franco-malgache. Et ce, au vu de la tension (pas encore à l’état de crise) diplomatique actuelle entre Antananarivo, qui a déclaré, par la voix du ministère des Affaires étrangères (MAE), persona non grata, un agent de l’ambassade de France à Madagascar, et Paris, qui a officiellement réagi par le biais du porte-parole du Quai d’Orsay.
Réponse du berger à la bergère
Le MAE a effectivement convoqué l’ambassadeur de France, Arnaud Guillois, le 28 avril. « Il lui a été signifié à cette occasion la décision du gouvernement de la Refondation de déclarer persona non grata un agent de l’ambassade de France accrédité à Antananarivo, en raison d’agissements estimés incompatibles avec son statut, tel qu’il découle des investigations actuellement menées par les autorités compétentes concernant des actes de déstabilisation impliquant des ressortissants malagasy et étrangers. » Le Quai d’Orsay a également fait savoir, quasiment dans les mêmes termes, que « le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a convoqué mardi 28 avril le chargé d’affaires de l’ambassade de Madagascar à Paris pour protester vigoureusement contre la déclaration comme « persona non grata » d’un agent diplomatique de l’ambassade de France à Tananarive. Il lui a été signifié que la France rejetait catégoriquement toute accusation de déstabilisation du régime de la Refondation de la République de Madagascar ».
Intérêt des deux pays
Dans sa Déclaration, le porte-parole du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères soutient que « de telles accusations sont non seulement infondées, mais elles sont aussi incompréhensibles compte tenu du soutien constant et concret apporté par la France, en lien avec ses partenaires internationaux, depuis octobre 2025 au processus de la Refondation, en tant qu’il s’efforce de répondre aux aspirations légitimes exprimées par le peuple de Madagascar et notamment sa jeunesse. La France appelle les autorités de Madagascar à maintenir un dialogue constructif, à la hauteur de la relation bilatérale et dans l’intérêt de nos deux pays ».
Origine et motivations
Une dizaine de jours auparavant, l’ambassade de France a déjà fait une publication à travers laquelle elle « dément formellement les allégations qui circulent actuellement sur certains réseaux sociaux, relatives à une prétendue implication de la France dans une tentative de déstabilisation à Madagascar ». Au 3, rue Jean-Jaurès, à Ambatomena, « on s’interroge sur l’origine et les motivations de ceux qui diffusent ces fausses informations, avec la volonté de nuire aux relations entre Madagascar et la France ». Ambohitsorohitra précise que « ces informations ne relèvent pas d’une communication émanant de la Présidence de la Refondation de la République. Elles ne sauraient, en conséquence, être interprétées comme telle ». Tout en reconnaissant que « même si l’auteur de ces publications exerce également les fonctions de conseil auprès du Président, ses travaux journalistiques s’inscrivent dans le cadre d’une démarche indépendante, professionnelle, autonome et distincte de ses responsabilités institutionnelles (…). Les éléments invoqués n’engagent en aucun cas la Présidence ». La convocation de l’ambassadeur de France par le MAE semble aller dans le sens de ces publications dont « l’origine et les motivations » posent question, du côté français.
Inféodation progressive
Ferdinand Deleris notait déjà, du temps de Didier Ratsiraka, « l’inféodation progressive de Madagascar aux Soviétiques qui, au prix d’un financement relativement faible, eu égard à l’ampleur de l’aide occidentale, s’efforçaient d’endoctriner l’élite de la jeunesse et veillaient à l’alignement de la politique étrangère de l’île sur les positions russes ». Une quarantaine d’années après l’Amiral rouge, Moscou tenterait-il d’avoir la même emprise sur le colonel au béret vert ? Force est de reconnaître la présence marquante et l’influence grandissante de la Russie par rapport au régime de la Refondation. Si « Deba » était finalement contraint de desserrer ses liens avec les pays de l’Est, celui qui « incarne l’autorité militaire compétente » selon la HCC semble confirmer les propos de Ferdinand Deleris concernant les relations entre la France et Madagascar : « On s’aime, on se dispute, on se réconcilie et on recommence ». Pour le moment, l’heure semble être à la dispute, en attendant la prochaine réconciliation et un éternel recommencement.
R.O




