C’est loin d’être un fait politique anodin. La création récente du parti Fanilon’ny Fanavaozana an’i Madagasikara s’inscrit visiblement dans l’ambition présidentielle du colonel Michaël Randrianirina. Celui dont la vocation initiale reste pourtant claire : celle de conduire le pays vers un retour à l’ordre constitutionnel, sans s’inscrire dans une logique de conquête du pouvoir.
D’arme au poing à arme politique
Dans le contexte politique actuel du pays, le phénomène Fanavaozana raconte visiblement une autre histoire. En effet, au-delà de l’apparition d’une nouvelle formation politique, c’est le choix du nom « Fanavaozana » qui interpelle. Il s’agit, en fait, d’un terme qui est devenu le socle du Conseil présidentiel de la Refondation de la République de Madagascar. Ce n’est pas ici un simple mot, mais une signature politique, un marqueur du pouvoir en place et qui peut faire office d’élément central de sa légitimation auprès de l’opinion. Ce qui fait que son appropriation par un parti présenté comme proche du régime ne peut être considérée comme neutre. Elle s’apparente à une tentative de confusion entre projet d’État et projet partisan, entre transition institutionnelle et ambition politique. En d’autres termes, le langage du pouvoir tend à devenir celui d’un camp. Certes, aucun texte n’interdit l’usage du mot « fanavaozana ». Mais réduire le débat à une question de légalité serait passé à côté de l’essentiel. La question qui se pose est de savoir si l’on peut, dans une transition, laisser s’installer une telle porosité entre les symboles de l’État et un instrument politique de conquête électorale. Ce glissement est d’autant plus préoccupant qu’il alimente une impression déjà diffuse : celle d’une transition qui ne serait plus seulement un passage, mais le prélude à une recomposition durable du pouvoir autour de ses acteurs actuels. Avec, à la tête, un colonel qui a accédé au pouvoir, armes au poing, mais qui, actuellement, affûte une autre arme : une arme politique sous la forme d’un parti de soutien pour les prochaines présidentielles. En l’occurrence, le FFM, qui veut visiblement rouler à grande vitesse pour se faire rapidement un nom sur l’échiquier politique national.
R.Edmond.


