Tristesse, peur, rage, déception : ces quatre mots résument la situation actuelle sur la Grande Île.
Le Rova d’Ambohidratrimo rongé par le feu, un étudiant retrouvé sans vie à cause d’une installation électrique défectueuse, des concitoyens qui se suicident, des manifestations et un mécontentement qui résonnent un peu partout… Tout cela prouve que le pays traverse une zone de turbulences. La secousse est si forte que la confiance s’effondre. Par conséquent, le siège gouvernemental vacille comme une balançoire. L’État ne sait plus sur quel pied danser. La situation se complique de jour en jour. Entre festivités et inaugurations des « zava-bita » de son prédécesseur, le numéro Un de la nation, de son côté, lance subtilement des punchlines à l’encontre de ceux qui veulent mettre des bâtons dans les roues. Bien que les jantes soient légèrement endommagées, la caravane continue tout de même d’avancer. Les grèves et les revendications menées par les jeunes sont probablement téléguidées par des politicards déchus, déçus ou désavoués. Même les citoyens lambda évoquent cette hypothèse. « Nous sommes en phase de reconstruction totale. Il est difficile de redresser un pays fragilisé », affirme Tsitana Dera, étudiant en sciences économiques à l’Université de Toamasina. C’est véridique : la refondation ne se fait pas en quatre ou cinq mois. Cela rejoint l’allocution du président de la refondation de la République de Madagascar lors de sa visite à l’Université de Toliara : « Ne vous laissez pas manipuler… », a-t-il déclaré aux étudiants. Apparemment, de l’argent circulerait pour déstabiliser le régime. Ce qui interpelle dans cette affaire, c’est que la plupart des meneurs étaient aussi les chefs d’orchestre de la revendication « jiro sy rano » en septembre-octobre 2025. Y avait-il déjà de l’argent en jeu ? La question mérite d’être posée. Mais le contexte évolue, tout comme les hommes. Bref, chacun voit midi à sa porte. Cependant, les suicides attirent particulièrement l’attention. Ce phénomène social, si l’on ose dire, persiste. Force est de rappeler que, sous le mandat d’Andry Rajoelina, des compatriotes, accablés par diverses circonstances et portant un lourd fardeau, ont décidé de mettre fin à leurs jours. Un psychologue, préférant garder l’anonymat, affirme : « C’est un mauvais signe. Certains Malgaches deviennent suicidaires parce qu’ils portent des problèmes qu’ils jugent sans issue. Ces problèmes peuvent être familiaux, sentimentaux ou financiers. En somme, la joie de vivre les a quittés. » De plus, le faible indice de bonheur constitue un facteur pouvant conduire à des idées suicidaires. Celui de Madagascar est en dessous de la moyenne : 4,145 en 2025, alors que plus de 80% des Malgaches vivent sous le seuil de pauvreté. Où se trouve donc le bonheur ? Dans les assiettes des dirigeants, installé dans leurs salons, dans leurs verres de whisky, dans leurs 4×4 climatisés aux vitres fumées… pendant que la gorge du bas peuple est asséchée par la misère, qu’il dort sous les ponts avec, pour seule couverture, un sachet plastique rapiécé.
Iss Heridiny


